Situation

Certaines déambulations, comme celles qui nous conduisent dans le quartier des Célestins, sont des chansons ; quelques notes légères qu’on croyait destinées à passer et qui vous trottent longtemps encore dans l’esprit, comme un ravissement qui s’estompe. Leur réussite est de vous avoir mené nulle part, si ce n’est en vous-mêmes, aux portes de votre imagination qui détale, caracole et pétarade.

L'architecte Georges Bonnet conçoit l’hôtel des Célestins, bâtiment emblématique de Vichy. Nous sommes en 1929. Sa proue arrondie n’est pas sans rappeler l’étrave des paquebots transatlantiques de l’époque, et sa disposition entre deux rues, lui donne un petit air de Flatiron, immeuble newyorkais connu dans le monde entier pour son arête. L’hôtel des Célestins, reconnaissable à son style Art déco, deviendra un lycée de jeunes filles en septembre 1945, puis un collège dans les années 60.

Un peu plus loin, vous pénétrez dans le parc des Célestins, adjonction de deux parcs : le parc Lardy et le parc des Célestins. Au milieu du XIXe siècle, une lutte féroce fait rage entre les propriétaires privés du parc Lardy et la Compagnie fermière, propriétaire du parc des Célestins. Le parc Lardy tente de concurrencer la Compagnie fermière et ses sources du hall des Sources. Au sein d’un « jardin-spectacle », des animations enchantent les touristes de l’époque : un kiosque à musique, un jeu de petits chevaux sous le nouveau pavillon de la source Lardy, un restaurant, un billard, un café-concert et un étrange théâtre de marionnettes humaines composé de pygmées...

En 1965, l’Etablissement des bains de 3e classe ferme ses portes et laisse sa place, en 2001, à l’université du pôle Lardy. La buvette de la source, aujourd’hui restaurée dans les règles de l’art, avec son dôme charpenté qui s’élève à plus de 10 m de haut, n’a plus grand-chose à voir avec le griffon aménagé dans une vasque en pierre de Volvic, en 1848. La source Lardy est aujourd’hui mise en valeur grâce à une mosaïque de plus de 400 000 pièces, recomposée à l’identique.

Le parc des Célestins s’organise autour de la source éponyme, connue dès le moyen âge et encore exploitée de nos jours. Des nombreux bâtiments qui se succéderont au XIXe siècle pour abriter la source des Célestins, au gré de ses captages, subsiste le pavillon des Célestins conçu en 1908 par l’architecte Lucien Woog, dans le plus pur style du XVIIIe siècle français. Le marketing de l’époque ne s’étalait pas sur les étiquettes de la Vichy-Célestins mais dans l’évocation du sacré à travers cette conque en pierre d’Euville de laquelle jaillit la source. A l’arrière, un bloc d’aragonite enchâssé dans le bâtiment, offre un contraste saisissant avec la sophistication de la cloche en verre protégée par une balustrade en pierre rose. Probablement une volonté de sacraliser cette eau aux vertus miraculeuses.

De la vie : voilà ce qui aujourd’hui anime, le parc des Célestins, cet espace de transition entre la ville « haute » et son fleuve. Les étudiants du pôle Lardy et du Cavilam (Centre d’enseignement du français et de recherches pédagogiques) ne sont pas loin et il n’est pas rare de croiser quelques jeunes Chinois en plein jogging en train de réviser leur français avec un « Bonjour Monsieur ! » du plus bel effet. Ici, du haut de la terrasse qui domine le pavillon des Célestins, la grâce de la vie prend toute sa dimension au point culminant de ce quartier, là où de jeunes couples s’embrassent lestement en attendant un avenir céleste.

Sur place