DE LA RUE, RIEN NE DISTINGUE CET ANCIEN PALACE DONT LA FAÇADE EST AUSSI DISCRÈTE QUE SES HABITANTS QUI TIENNENT À GARDER SECRÈTE CETTE ADRESSE EMPREINTE D’HISTOIRE.

Dès 1904, les voyageurs qui arrivaient en omnibus ou en automobile étaient sûrs d’y trouver tout le confort moderne. Durant son activité le premier palace de Vichy avec ses 300 chambres n’a jamais failli à sa renommée. Aujourd’hui, divisé en appartements, il a conservé son cachet art nouveau.

Années 1900, Vichy est en pleine mutation agitée d’un chantier permanent : villas, construction de l’opéra-théâtre… pour accueillir et distraire des milliers de curistes. Cette èvre des bâtisseurs de ce début de siècle contamine des investisseurs qui font éclore des hôtels que l’on nomme alors palaces.

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Le tout premier d’entre eux atteste de cette prospérité de la Belle Epoque. Léon Soalhat, ls d’hôteliers vichyssois, qui a œuvré dans les plus grands hôtels parisiens, revient dans sa ville natale. Il choisit pour l’édification de son palace, un emplacement stratégique, face au parc des Sources et du Grand casino. L’hôtelier a acquis l’hôtel de Bordeaux qu’il fit démolir en 1902 pour faire construire son nouvel établissement par l’architecte Paul Martin.

Conçu en forme de U, le bâtiment achevé en 1904, se dresse sur ses cinq étages et abrite, derrière sa façade de style néo-classique, sept magasins côté rue. A l’intérieur, le style, Art nouveau ou modern style, offre une décoration bien plus dépouillée que celle les hôtels de luxe du XIXe siècle. Dans le hall d’entrée, un escalier blanc à balustres dessert les étages et s’ouvre sur le patio composé d’un carrelage aux motifs de tulipes perroquets. Il donne sur un « délicieux jardin intérieur » comme le spécifie une publicité de l’époque, avec terrasse ombragée où peuvent se détendre les voyageurs. La première salle à manger se situait dans l’aile droite, ses mets sont réputés. En 1925, cette partie sera surélevée de cinq étages.

AIR, LUMIÈRE, EAU ET PROPRETÉ

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Ce palace sera l’un des premiers à offrir « des installations hygiéniques réclamées par les sommités médicales » : air, lumière, eau, propreté. Salles de bain, chauffage central, eau chaude et électricité à tous les étages. Ce qui est devenu la norme aujourd’hui fut une véritable révolution du confort et de l’hygiène. Avec ses multiples atouts le palace peut rester ouvert l’hiver. Un belvédère, aujourd’hui disparu, érigé à 32m de hauteur, permettait à la clientèle d’admirer la vue. La presse de l’époque est élogieuse sur ce nouvel hôtel. L’avenir de Vichy évoque par exemple les sous-sols « réservés aux cuisines, aux diverses machineries d’ascenseurs, au calorifère ». C’est aussi là que sont logés les employés des chambres et restaurants. A l’entresol se trouvent « salons, bureaux, salle à manger d’hiver et d’été, chambre noire pour le développement des photos, garages automobiles et lavabos… Partout, il est possible de laver à grande eau, surtout le hall d’entrée et les couloirs dallés en carreaux de Paray-le-Monial. » Le Touring Club possède une salle à manger au 1er étage. Ses membres de passage pouvaient s’y restaurer et au préalable se rafraîchir de la poussière de la route grâce aux lavabos mis à leur disposition. Le palace assoit sa réputation. Il est inscrit au guide rouge dès son ouverture en 1904 et l’on signale « un personnel attentif et dévoué ».

RÉQUISITIONNÉ PENDANT LES DEUX GUERRES.

Pendant la guerre de 14-18, ce palace, comme une cinquantaine d’hôtels vichyssois est réquisitionné en hôpital temporaire, puis en hôpital militaire américain de 1918 à 1919. Durant cette période, en 1916, Léon Soalhat entreprend tout de même des travaux. Les architectes Percilly et Brière modifient le hall d’entrée ajoutant une verrière semi-circulaire empiétant sur le jardin, ils doublent la surface de la salle à manger, ornée d’un vitrail au décor oral où se détache un ara. Un bar américain est aménagé. En 1925, Léon Soalhat prend sa retraite et vend à des banquiers parisiens. Ils fondent La Société foncière et hôtelière de Vichy qui réalise de nouveaux agrandissements. En 1927, le palace compte 300 chambres et 150 salles de bains et continue de servir une cuisine « pour tous les régimes ». Dans son livre Palaces et grands hôtels de Vichy, Jacques Cousseau consacre un paragraphe au personnel du palace lors de la saison de 1938. Il évoque les services de bouche qui « comptent parmi les plus gros salaires… le chef de cuisine, l’entremetier, le pâtissier, le premier maître d’hôtel, les dix-sept chefs de rang… ». Il décrit le rôle et les qualités du concierge, « l’homme aux Clefs d’or… devait être érudit, polyglotte, connaître par cœur la ville et ses curiosités, l’heure d’arrivée et de départ des trains, les heures d’ouverture et de fermeture des magasins… ». Il était « responsable de tout le service de la porte : conducteur, liftier, téléphoniste, grooms, chasseurs. »

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En 1941-1942, l’immeuble devient le siège de la Légion française des combattants, du Secrétariat d’état à la Guerre et de l’état major de l’Armée. Après la guerre, le bâtiment est vendu en appartements. Les premiers locataires s’installent en 1947. La partie la plus ancienne du palace compte aujourd’hui 177 propriétaires. La salle à manger de l’aile droite est devenue la salle d’exposition du centre culturel Valery-Larbaud. Un concierge officie toujours dans cet édifice symbolisant la prospérité de Vichy liée à l’abondance de curistes au début du XXe siècle. Et, l’une des résidentes, Andrée Desperonnet ne se lasse pas de transmettre l’histoire du palace aux autres propriétaires.