La richesse de l’architecture thermale et de l’aménagement urbain de Vichy n’est pas seulement due à Napoléon III. Dès le Second Empire, le conseil municipal œuvre aux améliorations de la ville. Pour autant, la présence de l’Empereur, dès sa première cure en 1861, va déterminer et influencer le nouveau visage de la cité thermale.

Napoléon III encourage le développement thermal français alors en rivalité avec celui de l’Allemagne. Sa conception évolue, reliant soins médicaux et tourisme, s’inspirant du modèle outre-Rhin. Vichy se classe déjà comme l’une des plus importantes stations fran- çaises et le domaine thermal appartient à l’État. Cette combinaison va jouer en faveur d’un développement urbanistique public et privé. Une fièvre de la construction s’empare de Vichy : digues, gare, établissement thermal, aménagement des parcs le long de l’Allier, voirie, casino, etc. Des quartiers entiers de villas émergent à l’initiative de propriétaires privés sous l’impulsion de Napoléon III. Sa volonté impériale s’exprime également dans cette mise en scène du nouveau Vichy avec notamment la construction des chalets le long de l’actuel boulevard des États-Unis.

Intérieur du chalet Clermont-Tonnerre

Des quartiers d’été, les affaires d’État et un zeste de vaudeville impérial. Lors de ses deux premiers séjours dans la cité thermale, Napoléon III demeure chez le chef d’orchestre, Isaac Strauss, (actuel restaurant de l’Aletti Palace, face à l’Opéra). Anticipant sur ses prochaines cures, l’empereur com- mande rapidement une villa à sa mesure, puis deux autres suivront. On retrouve dans leur architecture l’influence de la vie de l’empereur entre ses séjours alpestres ou dans les colonies. Conçues comme les quartiers d’été du couple impérial et du gouvernement, elles abritaient également le travail mené autour des affaires de l’Etat. De cette période subsistent cinq villégiatures, devenues propriétés privées, inscrites à l’inventaire des monuments historiques depuis les années 1990. Ces parures de la haute société demeurent un témoignage, toujours admirable, pour les passants, entre les parcs et les thermes.

Chalet Marie-Louise

109, bd des États-Unis

Confiée à Jean Lefaure, architecte de l’État auprès de la Compagnie fermière, cette première résidence porte le prénom de Marie-Louise. Achevée en 1863, elle arbore de fausses briques de couleur ocre et jaune disposées en damier et des frises de bois clair. Mais ses galeries, sur deux niveaux, où l’empereur aimait fumer et bavarder en bonne compagnie, donnaient sur la rue. Napoléon III s’agaçait d’être à la merci d’admirateurs importuns. De plus, une scène de ménage impériale mit un terme au séjour vichyssois de l’impératrice en juillet 1863. Ce qui expliquerait la demande de Napoléon III, à l’architecte Lefaure, de bâtir deux autres chalets. L’un, en l’honneur de sa dame impériale, pour se faire pardonner ses incartades amoureuses. Et, l’autre afin de retrouver plus d’intimité. Les désagréments liés à l’aura impériale ne semblent-ils pas attestés par Flaubert ? Lorsqu’il était en villégiature à Vichy, pour accompagner sa mère en cure, l’écrivain se moquait de ces fans du Second Empire : « des bourgeois qui se disputaient les chaises du parc » où le séant impérial avait pu se poser.

Chalet Eugénie

105, bd des États-Unis

Cette nouvelle villégiature, le chalet Eugénie ou de l’Impératrice avoisine
la villa Marie-Louise. Inspirée des chalets suisses d’Arenenberg où l’empereur passa son enfance, il fut achevé en 1864. Un E, en ferronnerie, initiale de l’impératrice surmontée de la c ouronne impériale, orne l’imposte de la porte d’entrée. Cette lettre rappelle à qui il était destiné. Son élégante architecture, avec sa dentelle de bois sur la corniche, ses pignons ajourés de trèfles décoratifs, ses balcons à balustres, ses pièces de réception, sa dizaine de chambres et ses ouvertures sur le parc ne suffirent pas à séduire la noble épouse bafouée. Eugénie de Montijo ne revint jamais à Vichy.

Chalet de l’Empereur

107, bd des États-Unis

Cette autre résidence impériale bâtie en 1864, par Lefaure, devait pallier les inconvénients de la première. Si elle garde le style Louisiane du chalet Marie-Louise, elle répond aux doléances impériales : ne pas subir l’engouement de la foule de curieux. Aussi, ses galeries sont orientées à l’ouest sur le parc Napoléon III. Un N surmonté d’une couronne impériale est visible au dessus de la porte d’entrée. Spacieux et clair, agrémenté de bow windows, ce chalet pouvait accueillir les nombreuses réunions mondaines de son hôte ou celles de son gouvernement. Et, satisfaire désormais son besoin d’intimité lors de ses cures en 1864 et 1866. Plus de quiétude aussi. Pour écrire, par exemple. Car, lors des étés de ces années là, l’Empereur, résidait « en compagnie d’Alfred Maury, bibliothécaire des Tuileries, et il y rédigea maintes pages de son Histoire de Jules César, dont les premiers volumes parurent en 1865 et 1866. »

Chalet des Roses

101, bd des États-Unis

De style Savoyard, le nom de ce chalet, bâti en 1864, pourrait être lié à son effet architectural, celui de ses murs jointoyés par un cailloutis noyé dans du ciment rose, et à ses plantations de rosiers dans le jardin. Achille Fould, ministre des Finances de Napoléon III, demanda à l’architecte Lefaure, un copier-coller des chalets de l’Empereur. Il se distingue par l’installation de toilettes en porcelaine avec un système « valve closet » importé d’Angleterre. Un luxe d’être équipé de tels sanitaires à l’époque. De nombreuses personnalités y logèrent, le duc d’Oldenburg, la grande duchesse Marie de Russie, sœur du tsar ou Ismaël Pacha, khédive d’Égypte. La famille Bignon a acquis le chalet des Roses en 1885. Remanié à plusieurs reprises, la même famille l’occupe depuis plus d’un siècle.

Chalet Clermont-Tonnerre

109, bis bd des États-Unis

Dans le même élan de construction, en 1863, l’officier d’ordonnance de Napoléon III, le comte de Clermont-Tonnerre, passe commande pour un chalet dans la même veine architecturale que les villas impériales. C’était là que logeait le service de sécurité. Certaines sources indiquent qu’une galerie souterraine le reliait aux chalets Marie-Louise et de l’Empereur pour faire passer les plats cuisinés. On peut logiquement supposer que c’était également un moyen discret pour le service de sécurité de veiller sur Napoléon III. Le roi des Belges, Léopold 1er y résida en 1864. Un petit pavillon, de style néo gothique, lui est adjoint en 1905. Construit par l’architecte André Blanc pour le docteur Henri de Labaudie, il devait servir de garçonnière pour son fils. Sur l’un des piliers de l’enceinte, donnant sur la rue, on repère le nom sculpté de ce chalet.

Chalet Saint-Sauveur

103, bd des États-Unis

En 1905, le docteur Eugène Willemin fit appel à l’architecte Antoine Percilly pour édifier le chalet Saint-Sauveur comme un prolongement de l’atmosphère particulière des chalets du Second Empire.

Villa Thérapia

Au 111, bd des États-Unis, la villa fut édifiée en 1864, pour un député et banquier du Gard, Ernest André. Celui ci n’eut pas le loisir d’en jouir. Il mourut brutalement cette année- là. La villa a été détruite en 1988 pour permettre la construction de l’actuel Hôtel Spa Les Célestins.

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