Rongée par les broussailles pendant plusieurs siècles, la forteresse militaire de Billy a retrouvé son âme. Classée aux monuments historiques, ses chantiers successifs de restauration et ses visites guidées et animées, redonnent vie à l’orgueil des bourbons.

En arrivant de Vichy, le château de Billy domine l’Allier et la plaine. Cette citadelle attire des milliers de visiteurs, chaque année, qui arpentent les ruelles du village pour accéder à ses vestiges. Des visites guidées en révèlent la longue histoire. Oyez ! Oyez !

Cette forteresse militaire a été, au Moyen Âge, l’orgueil de ce territoire entre Auvergne et Bourbonnais. Classée comme la plus vaste châtellenie du Bourbonnais, elle a longtemps rayonné de toute sa puissance. Des fouilles archéologiques, réalisées en 1999, permettent d’émettre l’hypothèse de l’existence d’une motte castrale. Le château, son successeur médiéval, perché sur un promontoire naturel, rive droite de l’Allier, gardait et protégeait la vallée et la châtellenie située aux confins de l’Auvergne et du Forez.

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Bâti au XIIIe siècle, il s’impose avec tous les atouts d’une défense efficace : cinq tours d’enceinte demi-circulaires, des murailles très larges d’une dizaine de mètres de haut, ponctuées de merlons (boucliers de pierre) percées de meurtrières et une dénivellation forte du côté de l’Allier. On disait de Billy qu’elle ne pouvait « être prise que par ruse ou trahison » car ses murailles étaient réputées « hors échelle ». Sa porte monumentale et ses deux tours massives, ses profonds fossés entourant la citadelle et ses trois enceintes ont découragé, à plusieurs reprises, les plus valeureux assaillants. La tour de guet que fit édifier le duc Louis II de Bourbon, confortait cet ensemble défensif qui a résisté aux armées anglaises mais a subi d’importants dégâts avec les troupes du roi Louis XI. En 1523, Billy, à nouveau fortifiée, devient une châtellenie royale. Confisqué au connétable Charles III de Bourbon, sous Richelieu, le château fut ainsi sauvé du démantèlement.

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LE COUP FATAL DU PRINCE DE CONDÉ

En 1576, grâce à l’évolution de l’artillerie, l’armée protestante, avec à sa tête le prince de Condé, eut « raison des murs ». Les canons avaient ouvert une brèche géante dans l’une des murailles qui ne s’en releva jamais. Cette nouvelle technologie militaire amorce le déclin du château féodal. Sous Henri IV, Billy est donnée en gage à des seigneurs bailleurs de fonds ce qui permet de renflouer les caisses de l’État mises à mal par les guerres de religion.

Après sa longue période de prestige en tant que châtellenie, une partie du château est aménagée en prison jusqu’en 1790 où Billy cède cette fonction, à Cusset, sa rivale. Abandonnée, la citadelle subit l’usure du temps. Comme un voile d’oubli, les broussailles l’encerclent. Des habitants se servent régulièrement en pierres pour consolider ou construire leur maison. Rien ne se perd… mais l’orgueil de Billy se désagrège. Or, cette masse de granit, certes branlante, laisse suinter sa mémoire.

Grâce à des amoureux de son histoire, elle finit par reprendre vie. Le site, jusqu’aux abords de la rivière, est inscrit à l’inventaire des Monuments historiques puis classé en 1921. Après maints nobles successeurs, il fut racheté, en 1963, au comte d’Arfeuilles par la municipalité de Billy. Tous ces rebondissements permettent à de nombreux visiteurs, friands du Moyen Âge ou de patrimoine de franchir l’imposante porte de l’ancienne citadelle pour apprécier les vestiges restaurés. Les visites guidées de l’Office de tourisme, les animations médiévales, l’été, dans la cour circulaire de 40 mètres de diamètre, relatent ce que fut la vie civile et militaire de cette ancienne forteresse. Il est conté, entre autres, que cette châtellenie, en 1569, était forte « de 51 paroisses et regroupait jusqu’à 3 178 feux ». Ses revenus lui permettaient d’entretenir le capitaine-châtelain, un lieutenant de châtellenie, un procureur, un greffier, des huissiers et des geôliers.

Au temps de sa splendeur, on aimait aussi festoyer dans cette enceinte, s’adonner aux jeux de quilles ou de paume, pratiquer des exercices militaires, écouter les chansons de geste des troubadours, être les jours de liesse, le héros de tournois. Ce bastion des Bourbons, réhabilité en partie par une série de chantiers menés par des bénévoles, attire, chaque été, plus de 5 000 visiteurs.

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LE CONFORT DE LA CAPITAINERIE

Si les châtelains ont logé durant de nombreuses décennies dans la tour la plus haute de la forteresse, après les Croisades, les nobles aspirent à plus de confort. D’où la construction, au XIVe siècle, à l’entrée de la basse cour, de la Maison seigneuriale ou capitainerie agrémentée d’une chapelle dédiée à saint Martin et reliée au château par un chemin de ronde. Le capitaine châtelain, qui représentait les sires de Bourbons, y résidait. Il commandait la garnison et détenait des pouvoirs administratifs et judiciaires. Y furent reçus, entre autres, Charles VII et le connétable des Bourbons.

DES MAISONS REMARQUABLES

L’auditoire, une longue bâtisse, située près de l’entrée du château, surmontée d’un beffroi avec son horloge, était le lieu où le capitaine châtelain rendait la justice. Aujourd’hui, il abrite l’office de tourisme, une salle d’exposition et la poste. Un peu en dessous se trouve l’ancienne maison du bailli devenue un gîte.

La mairie occupe la maison du corps de garde près de la porte Chabotin flanquée encore de ses deux tours. En déambulant dans les rouettons (ruelles) le visiteur découvre des maisons à colombages.

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A 800 M DU VILLAGE L’ÉGLISE SAINT-CYR / SAINTE-JULITTE

Si le château et la Maison seigneuriale disposaient d’une chapelle, la population avait pour lieu de culte l’église Saint-Cyr / Sainte-Julitte. Cet édifice religieux du XIe siècle et sa crypte romane, appelée aussi cave Saint-Georges où les vignerons entreposaient leur vin, ont été remanié au fil des siècles. Ils ont la particularité d’avoir été édifié à 800 mètres du village. Billy paroisse, doté d’un prieuré casadéen a maintenu son importance religieuse même si les habitants choisirent de s’installer dans Billy Forteresse qui offrait plus de sécurité en cas de danger. Deux cimetières encadrent l’église, l’un porte le nom de Saint-Cyr, l’autre de Sainte-Julitte.