Du second empire à la première guerre mondiale, vichy s’épanouit dans une fièvre architecturale largement influencée par l’exotisme en vogue. A la belle époque, les architectes des villas puisent leurs inspirations plurielles entre le nord et le sud. L’art romano-byzantin est associé à l’art nouveau. Céramiques, ton bleu turquoise, polychromie, dômes et minarets émaillent la cité thermale. Ça et là, des villas d’inspiration flamande, vénitienne ou anglo-normandes complètent ce tableau éclectique.

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Une effervescence architecturale s’em- pare de Vichy sous le Second Empire impulsée par la présence de Napoléon III qui vient en cure. L’Empereur incite à l’amélioration des voies d’accès et de transport. Un programme d’urbanisme et d’assainissement voit le jour. La construction de la gare est un atout stratégique. A cela s’ajoute celle du casino-théâtre, proche des thermes, dans le parc des Sources. Avec la gare, sa salle de jeux et de spectacles, la cité thermale se dote de deux cœurs palpitants qui vont irriguer cette mutation architecturale.

Le rayonnement urbanistique se déploie à l’identique de nombreuses stations balnéaires ou thermales de l’époque (Biarritz, Arcachon, Deauville, Trouville, etc.) Cette fièvre de la construction englobe un nouvel hôtel de ville, l’église Saint-Louis, l’aménagement des parcs le long de l’Allier réservés à la promenade. Les chalets de l’Empereur, sur leur bordure, s’affichent comme la carte de visite impériale et incontournable de cet embellissement en cours. La cité thermale devient une destination et un lieu de villégiature très prisés où se côtoient la bourgeoisie, les nobles et une clientèle étrangère aisée constituée de Russes, d’Anglais, d’Espagnols.

Il faut leur offrir un cadre attrayant. Tous ces visiteurs veulent jouir des distractions et des fastes durant leur cure. Aussi, Vichy entre en pleine mutation, ce qui fera d’elle en 1900, la « Reine des villes d’eaux ». Tandis que l’hôtellerie se développe, en parallèle, l’initiative privée fait éclore de nouveaux quartiers. Des propriétaires construisent des villas pour y résider en permanence, y séjourner lors de cures ou à usage locatif. Des architectes réputés bâtissent des villas « vitrines de leur art » et de leur savoir-faire. Quand ils répondent à des commandes, ils ne lésinent pas sur les décors pour séduire et attirer les milliers de curistes. La ville en accueille 25 000 en 1873 et 100 000 à la veille de la Première Guerre mondiale. Plus de 700 villas sont recensées en 1914.

L’INFLUENCE DES COLONIES

À la fin du XIXe siècle, un nouveau courant d’architecture s’impose largement influencé par les expositions coloniales et les expositions universelles où sont démontrés les charmes exotiques de l’Orient (Turquie, Algérie, Tunisie, Maroc, etc.). L’engouement des bâtisseurs et architectes est tel que les motifs arabisants gagnent aussi la villégiature balnéaire et thermale se mêlant aux styles romans, flamands, anglais. Vichy, face aux stations thermales concurrentes, ne peut pas rester en marge. Les initiatives privées peuvent être directement liées à l’histoire d’une famille, comme celle de la Villa Tunisienne ou à une volonté d’embellissement qui s’inscrit dans cette mouvance orientaliste réinterprétée à l’occidentale. Grâce à la Compagnie Fermière et à des propriétaires privés, la ville s’immerge allègrement dans cette mouvance comme en témoigne son patrimoine singulier au premier rang duquel le Grand établissement thermal.

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PROMENADE SUR LES TRACES EXOTIQUES

Le bâtiment emblématique de la ville, inauguré le 31 mai 1903, expose ses imposantes dimen- sions avec ses 170 mètres de long et 165 mètres de large où se déploie son style romano-byzantin. Sa façade ornée de céramiques « en grès flammé à décor aquatique » se dévoile sur le parc des Sources où déambulent les buveurs d’eau. Commandé par la Compagnie Fermière, cet établissement de 1ère classe, fut construit en trois ans par les architectes Charles Lecœur, précurseur de l’Art Nouveau, Lucien Woog, assisté de Gustave Simon, architecte de la Compagnie Fermière.
Des artistes reconnus sont engagés pour sa décoration associant art romano-byzantin à des références Art Nouveau. On doit au peintre symboliste Alphonse Osbert les peintures murales du hall, à dominante bleue, sur le thème des sources et des bains ; à Paul Roussel, les sculptures ; au céramiste Alexandre Bigot le grès bleu des claustras du dôme, des panneaux décoratifs et des tuiles faîtières ; et à Émile Robert, les ferronneries. Au centre de l’immense hall émerge la source Boussange cerclée de céramique bleu turquoise.

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Visible de loin, le plus surprenant est sans conteste le dôme oriental, avec ses tuiles émaillées orange et jaune créées par Emile Muller qui coiffe le pavillon central. Il invite à musarder vers des contrées lointaines en évoquant les tombeaux mamelouks du Caire ou le palais des Beaux arts et des Arts libéraux de l’Exposition de 1889. Les Thermes des Dômes dominent Vichy agrémentés de deux minarets dotés de bulbes en céramique bleu turquoise qui abritaient les réservoirs d’eau. Ils sont semblables à ceux des Thermes Salins à Biarritz. Dans les couloirs, de ce « palais des Mille et Une Nuits », classé Monument historique depuis 1989, les pas de célébrités ont frôlé la mosaïque symbolisant les sources.

Pour rejoindre l’Alhambra (ou brasserie de la Grande Grille), devenue une librairie, rue Sornin, il faut traverser le parc des Sources. De cet ancien cabaret dancing, devenu ensuite une brasserie, réalisé par Antoine Percilly, en 1898, il ne reste rien de ses caractéristiques intérieures qui invitaient à l’exotisme comme en témoignent des cartes postales : « colonnettes de fonte, arcs outrepassés, escaliers à rampe garnis de treillis serrés, etc. » Seule sa façade expose ses galeries couvertes et vérandas, ses moucharabiehs au premier étage et ses frises de faïence. Percilly poursuit dans la veine mauresque, en 1906, avec la Villa Tunisienne, 19, boulevard Carnot. Il aurait repris les plans de Henri Décoret qui n’a pu mener à terme ce pro- jet commandité par un médecin. Le style choisi serait en lien avec la disparition d’un membre de la famille « parti faire carrière aux colonies… où il fut fondateur de Ferryville (ville du nord de la Tunisie), aujourd’hui Menzel Bourguiba. » Cette villa inscrite aux Monuments historiques depuis 1991 est construite en pierre de Volvic ou de Villenay, recouverte d’un ciment blanc. Sa façade est marquée de bandeaux de briques rouges, de frises d’émaux de couleur turquoise aux motifs géométriques notamment sous le toit brisé rehaussé d’un bulbe. Des « tuiles émaillées écaillées de toutes les couleurs » avaient été prévues par l’architecte. Finalement toit et bulbe sont recouverts d’ardoises.

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INFLUENCES ÉCLECTIQUES

Les monuments et villas de Vichy révèlent un engouement architectural éclectique : le style mauresque est associé à l’hédonisme, le néo-Renaissance flamand s’impose avec ses tours, tourelles et ses briques caractéristiques. Mais, l’objectif est le même, cultiver l’insolite, l’exceptionnel, pour pavoiser. Une séduction digne des publicités contemporaines. La plupart des villas offrent « une façade très spectaculaire » qui « agit comme un leurre et contraste fortement avec un intérieur beaucoup plus classique qui ne reprend aucun des nombreux éléments décoratifs » relève Fabienne Pouradier-Duteil dans son ouvrage Villas de la Belle Époque L’exemple de Vichy.

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Castel Flamand

Le Castel Flamand de 1898, (2 et 2 bis, rue de Belgique), regroupe deux villas très spacieuses de style néo-flamand, avec écuries et remises, qui servaient d’annexe à l’hôtel des Ambassadeurs. Réalisées par l’architecte Ernest Mizard qui s’est
inspiré du XVIIe siècle flamand et de la Renaissance. Ces villas jumelles en imposent sous leurs façades de pierres et de briques à la riche ornementation : corniches, frises, chapiteaux, volutes, motifs végétaux, animaux, masques.

Villa Vénitienne

La Villa Vénitienne (7, rue de Belgique). Quand le regard accroche cette façade, le visiteur se trouve transporté entre Byzance et la Cité des Doges. Sur son imposante façade de briques rouges se découpent des baies ornées d’arcs en ogive, des colonnes torses, des chapiteaux sculptés de feuilles de chou et le lion de saint Marc, symbole de Venise, trône à l’angle des balcons. Cette villa fut réalisée en 1897, par l’architecte Henri Décoret pour Jean-Baptiste Lambert, antiquaire et marchand de tableaux. Avec ce style inspiré de divers palais vénitiens, ce galeriste pratiquait l’art du marketing avant l’heure.

Rue Alquié

À quelques pas de là, vers la sous-préfecture, huitvillas anglaises, rue Alquié, (du n°19 au n°33) sont inspirées des maisons coloniales anglaises avec leurs bow-windows. Mitoyennes, elles sont construites en 1864 à la demande du comte de Clermont-Tonnerre, officier d’ordonnances de Napoléon III. Aux numéros 29 et 31, il logera sa garde impériale.