PASSANTS ET PASSANTES QUI MUSARDENT DANS LE QUARTIER DU VIEUX-VICHY PEUVENT ÊTRE TENTÉS D’IGNORER L’ÉGLISE SAINT-BLAISE S’ILS SE LAISSENT REBUTER PAR SON IMPOSANTE ET AUSTÈRE ARCHITECTURE. POURTANT CETTE MASSE DE BÉTON JOUE LES CONTRASTES EN ABRITANT UN JOYAU DE LA DÉCORATION ART DÉCO. ALORS, POUSSEZ LES PORTES DE L’ÉDIFICE, VOTRE TENTATION SERA SUBLIMEMENT RÉCOMPENSÉE.

Avec sa statue de la Vierge qui trône à 42 m et son clocher qui culmine à 67 m, l’église Saint-Blaise apostrophe déjà le regard dès la traversée de l’Allier. Elle s’incruste dans le Vieux-Vichy construit sur le rocher des Célestins. Ce quartier historique laisse apprécier sa double physionomie architecturale et culturelle (pavillon Sévigné, maison natale d’Albert-Londres, musée de l’Opéra, centre culturel Valery-Larbaud, villas remarquables, etc.). Cet ancien bourg médiéval, propriété des ducs de Bourbon relevait d’une position stratégique entre « traversée de l’Allier et entrée de l’Auvergne ». Même si les remparts et le château fort ont disparu, ce lieu conserve l’atmosphère d’une entité à part de la cité thermale, éloignée des mondanités ou de l’agita- tion. A ses pieds, s’étirent les parcs et le lac d’Allier.

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Dans cet îlot de résistance à l’urbanisation thermale, s’épanouit, dans toute sa magnificence, l’église Saint-Blaise. Ce joyau de l’Art déco intègre la « vieille église », dédiée, dès son origine, à la Notre-Dame. Selon certains récits, à la Révolution, seule la tête de sa Vierge noire échappe au feu, grâce à un enfant de dix ans qui la sauve de la destruction. En 1802, elle est placée sur un socle de bois recouvert de l’ancien manteau et reprend ainsi la tête des processions. Il faudra attendre 1931 pour que la statue retrouve son corps grâce à la sculptrice Emma Thiollier. Désormais, elle est placée au dessus de l’autel de la chapelle Saint-Blaise, dont l’un des vitraux confère à Marie, le titre de « Vierge qui exauce vite ».

« UN MATÉRIAU RÉVOLUTIONNAIRE », LE BÉTON ARMÉ.

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Dans les années vingt, le thermalisme prospère à Vichy et la construction du quartier de France fait que Saint-Blaise devient trop petite. Le chanoine Robert projette la construction d’une nouvelle église et fait appel à des donateurs. Ce chantier est confié à deux architectes vichyssois, Jean Liogier et Antoine Chanet qui ont réalisé le Petit casino (centre culturel Valery-Larbaud), l’hôtel Radio et l’Hôtel de ville. Le duo doit tenir compte des contraintes d’emplacement, des terrains instables et intégrer l’ancienne église. Le nouvel édifice Art déco, un style alors à son apogée dans les années trente, sera bâti en béton armé, « matériau révolutionnaire » prisé par les architectes de ce début du XXe siècle. Sylvie Wahl, dans une revue de la Shave (Société d’histoire et d’archéologie de Vichy et des environs) fait remarquer le parti pris architectural de Liogier et Chanet « pas de plan cruciforme, ni transepts, ni bas-côtés. Le plan est basilical, terminé du côté de l’entrée par un demi-cercle. L’église n’est pas orientée vers le levant et n’a pas d’abside puisqu’elle est rattachée au côté sud de l’ancienne église. » Les architectes ont voulu « faire dominer la ligne verticale… pour représenter l’élévation de la pensée ». L’église Saint-Blaise est inscrite aux Monuments historiques depuis 1991.

DE LONGUES ÉTAPES DE CONSTRUCTION

Son achèvement a nécessité trois décennies aux bâtisseurs du XXe siècle et de la pugnacité aux commanditaires pour nancer ce projet. Décembre 1925, pose de la première pierre. En 1927, bénédiction de la première partie de la nouvelle église. En 1930, réalisation de la coupole en cuivre. Sur son dôme, se dresse la statue de la Vierge en ciment armé réalisée par la maison Galfione de Moulins. La dame vénérée mesure 5,20 m de haut et pèse 5 tonnes. En 1931, une nouvelle bénédiction célèbre l’église en partie achevée. Suivie d’un banquet elle permet le lancement d’une nouvelle souscription. En 1933, la construction du perron (50 tonnes de pierres), de l’escalier d’accès, de la crypte, de la pose des vitraux permettent l’accès aux dèles. La décoration intérieure (chœur, coupole, fonts baptismaux) sera exécutée dès 1935. Elle se poursuivra en 1943 par les peintures des murs de la nef. Le clocher est érigé en 1956. Sur son toit en dôme se dresse une croix en béton et verre. Éclairé la nuit, il est en quelque sorte la vigie de Vichy. L’ascenseur prévu pour accéder à son sommet et apprécier la vue, ne fut jamais réalisé.

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LA DÉCORATION INTÉRIEURE, UN RAVISSEMENT PERMANENT

La sobriété de l’édifice religieux à l’extérieur ne prépare pas à la prodigalité Art déco offerte, à l’intérieur, par l’iconographie et les matériaux : peintures, vitraux, mosaïques, marbre, onyx, marqueterie, etc. La décoration est en cohérence avec l’architecture : deux lignes directrices, la verticale pour « l’aspiration de l’âme humaine vers Dieu » et l’horizontale, tout autour, conte « l’histoire du monde centrée sur le Christ. » C’est une lecture, en grand format et en images de la Bible. Une œuvre de toute beauté réalisée par les frères Mauméjean, issus d’une célèbre dynastie de peintres verriers. La nouvelle église Saint-Blaise est bel et bien dédiée à Marie comme en témoignent ses multiples représentations : statue sur le dôme ; vitraux, peintures, etc.

LES VERRIÈRES

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Remarquables par la richesse de leurs coloris et de leur composition, elles réjouissent le regard. Les vitraux qui entourent la nef figurent les mystères du Rosaire : la joie (annonciation, visitation…), la souffrance ( agellation, crucifixion…) et la gloire (résurrection, ascension…) Au nombre de quinze, ils déclinent, en cinq épisodes chacun, la vie de Jésus et sont offerts par des donateurs. Le chemin de croix, est réalisé en vitrail, « ce qui est assez rare » souligne Sylvie Wahl qui constate « leur facture plus moderne » que celle du Rosaire. Une autre série de quinze vitraux est, elle, consacrée aux saints : Sainte- Cécile, Sainte-Philomène, Saint Jean-Baptiste, Saint Georges, Saint-Michel, etc.

LES MURS DE LA NEF

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Ils sont ornés de vingt peintures représentant des édifices religieux (cathédrales, basiliques, églises) dont la cathédrale de Clermont-Ferrand ou Notre-Dame-de-Fourvière, tous dédiés à la Vierge Marie.

LA NEF

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Elle rayonne d’une gigantesque peinture avec, à son sommet, Dieu le père et l’arc-en-ciel. L’arche d’Alliance, symbolise l’association de l’Ancien et du Nouveau testament. Sous chacune des inscriptions Synagoga et Ecclesia sont peintes leurs figures représentatives : Adam et Eve, Abraham, Isaac, Abel, Moïse… les quatre évangélistes et trois rois de France dont Clovis. Tous les regards convergent au centre vers Dieu le Fils sur la croix avec, à ses pieds, debout, la Vierge Marie.

LES FONTS BAPTISMAUX

Réalisés en marbre de Carrare, leur cuve est ornée d’une mosaïque aux couleurs chaudes (jaune et rouge) représentant le Christ. En arrière plan, une mosaïque illustre le baptême de Clovis.

LE CHŒUR

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Sa voûte est entièrement couverte de peintures et de mosaïques illustrant les sept dons de l’Esprit Saint déclinés dans le Livre d’Isaïe : la crainte de Dieu, la piété la science, l’intelligence, le conseil, la sagesse et la force. Huit colonnes, en béton enduit de stuc colorisé de lapis-lazuli, entourent le chœur. Les chapiteaux sont dorés à la feuille d’or. La couleur bleue est récurrente dans la décoration de l’église Saint-Blaise. L’autel, les deux ambons qui, de part et d’autre font référence à l’ancien et au nouveau testament et la balustrade sont en onyx ramagé d’Alger décorés d’émo-vitrail. La statue du Sacré-Cœur réalisée par le sculpteur Delamarre, domine l’autel de ses 1,97m. En arrière fond, l’orgue inauguré en 1935, muet depuis 1993. La coupole
du chœur haute de 20 mètres est également richement décorée avec la peinture de Dieu le père dont le doigt pointe l’étoile du matin, Marie. Le sol se compose d’une mosaïque de bois incrustée d’émaux de Briare. Les stalles en acajou sont décorées de marqueterie.