Ornée de 70 chapiteaux sculptés, l’église romane de Châtel-Montagne propose une singulière lecture : celle de ses images de pierre sculptées. Une sorte de bande dessinée qui s’adressait aux profanes même illettrés. Sous leur symbole, « le mystère de la vie, de l’homme et de sa relation à Dieu. »

En provenance de Vichy, dès les derniers lacets de la route, l’édifice s’impose au regard avec sa couleur de grès clair qui se teinte presque d’ocre au soleil couchant. L’église Notre-Dame déploie son architecture imposante et sobre : clocher carré et façade occidentale ornée d’un porche de granit.

Le visiteur peut y accéder par le bas du village en empruntant un chemin qui sinue ou l’aborder en venant au cœur du bourg, par sa façade sud. Son premier questionnement portera sans doute sur l’existence d’un tel édifice dans ce modeste village de la Montagne bourbonnaise. La réponse se trouve nichée dans l’Histoire dont il faut, comme le pèlerin, franchir les étapes et se préparer à une longue déambulation. Notre-Dame a vécu de multiples métamorphoses. Prieurale, elle se nommait église Sainte-Marie. Elle fut donnée, en 1082, à Hugues de Semur, abbé de Cluny, par le sieur Dalmas, qui habitait une motte castrale à Châtel-Montagne.

L’engouement pour les pèlerinages expliquerait l’importance accordée à ce site qui bénéficia de la présence de cinq moines bénédictins résidant dans le prieuré aujourd’hui disparu. Il n’en reste nulle trace, sauf son allée de tilleuls qui jouxte l’église, où on peut les imaginer méditant face au paysage. Leur mission était bien de veiller sur les pèlerinages dédiés à la Vierge ou à saint Antoine l’Egyptien, saint patron des vanniers. Le bâtiment conventuel était isolé du village qui se situait alors près du château sur un éperon rocheux. 

Comme l’héroïne d’un feuilleton, l’église Sainte-Marie, avant de se métamorphoser en église paroissiale Notre-Dame, a vécu différentes saisons. De 1095 jusqu’en 1130, l’édifice d’origine fait l’objet d’importants travaux de transformation sous l’influence d’Hugues de Semur. La nef surélevée est couverte d’une voûte en pierre et le porche surmonté d’une tribune deviendra la chapelle Saint-Michel. En 1180, « sous l’influence de l’évêque du diocèse de Clermont » sont édifiés le déambulatoire et le chevet. La petite église primitive a connu ses dernières transformations au XIIe siècle : les voûtes du transept sont surélevées, la tour du clocher est surmontée d’une flèche octogonale couverte en pierre et flanquée de quatre pyramides.» Avant l’achèvement de cette série de grands travaux en 1216, un porche est ajouté sur la porte latérale sud. Le village de Châtel-Montagne se déploie alors autour de son imposante église.

En pleine beauté, Notre-Dame va subir les affres de la Révolution : son clocher est démoli. Vendue aux Biens nationaux, l’église devient une réserve à salpêtre. Puis les cultes reprennent, les dégâts sont réparés par la commune. L’édifice retrouve sa superbe au point que Prosper Mérimée l’inscrit en 1840 aux Monuments historiques. Son classement date de 1902.

L’ÉDIFICE RETROUVE SA SUPERBE AU POINT QUE PROSPER MÉRIMÉE L’INSCRIT EN 1840 AUX MONUMENTS HISTORIQUES.

A l’extérieur, sa partie ancienne se distingue par son granit incrusté de cristaux de feldspath roses. On peut observer le tracé d’un insolite ruban rouge. Selon une croyance, il permettait « aux énergies du lieu de rayonner grâce à sa magnétite (oxyde de fer). »

L’église Notre-Dame a nécessité un siècle de travaux. Selon Colette Capdebosc, férue de ce joyau d’Art roman, « le projet initial de son concepteur Hugues de Semur n’a pas perdu son sens. Il avait fait sien le texte de Grégoire le Grand : « Désormais s’impose peu à peu l’idée d’une église enseignante qui offre aux illettrés la possibilité d’apprendre l’essentiel. » Les colonnes du chœur, aux bases toutes différentes, confirmeraient la présence de compagnons bâtisseurs et l’hypothèse que l’église de Châtel ait servie de chantier expérimental pour bâtir Cluny III.

Dans la nef, à travers la Genèse, c’est l’homme naturel guidé par ses instincts, qui, grâce à ses expériences successives, devient l’homme créé à l’image de Dieu. Dans le bas côté nord, à travers l’évangile de saint Matthieu, c’est l’homme au sein d’une société. Dans le déambulatoire, il développe sa personnalité. Dans le bas côté sud, il apprend à gérer ses relations avec les autres pour s’insérer dans la société. « L’église de Châtel-Montagne nous raconte le mystère de la vie, de l’Homme et de sa relation à Dieu. 

Les 70 chapiteaux sont les supports de cet apprentissage : « enseigner pour aider l’homme à accéder à la spiritualité. » Ces images de pierre se composent de symboles courants au XIIe siècle. On retrouve gravé : humains, faune, flore, etc. Dans la nef, un personnage souffle dans un cornet. « Il a les yeux ouverts, l’autre se laisse guider les yeux fermés. Le cornet transmet les messages divins. Il invite à entendre, voir et comprendre. Le personnage aveugle à accepter de l’aide et avoir confiance. Ce sera le but du parcours. »

Sur un autre chapiteau à trois faces, un homme couché s’accroche à la queue d’un âne bâté en érection. Un second essaie de se tenir debout, il tient l’animal par la tête. « Le premier se laisse guider par ses instincts. L’âne représente la recherche de séduction, l’ignorance, la sottise et la sexualité débridée. Le second veut se débrouiller seul. » La renouée bistorte orne certains chapiteaux. « Cette plante pousse au Montoncel près de Lavoine, on se nourrissait de ses fruits et son rhizome avait des vertus médicinales. Elle représente la nourriture terrestre et spirituelle. » Dans une chapelle rayonnante « deux chevaux harnachés symbolisent l’homme qui maîtrise ses instincts. Et, la tête d’homme au dessus d’un bouclier, la force et le courage ».

La lecture des 70 chapiteaux, image par image, comme une bande dessinée, délivre donc l’enseignement religieux qui conduisait ensuite les adultes au baptême. D’où la présence du baptistère situé, au terme du cheminement vers la porte occidentale.

Découvrez la Maison du Patrimoine

La Maison du patrimoine de Châtel-Montagne dispose d’un espace Art roman sur l’histoire de l’église (maquette, grimoires et vidéo). L’ACER (Amicale châtelloise pour l’église romane) anime des visites guidées de Notre-Dame, organise des concerts et œuvre passionnément à l’entretien et à la mise en valeur de l’édifice (statuaires, chemin de croix, horloge, vitraux, etc.)

Maison du patrimoine de Châtel-Montagne, Tél. 04 70 59 37 89

Revenir aux articles