Emblématiques et pourtant… Les chalets impériaux avec leurs faux-airs de Louisiane ou de chalets suisses d’Arenenberg, où Napoléon III passa son enfance, ne livrent pas facilement leurs secrets. Derrière ces façades connues de tous les vichyssois, photographiées à l’infini par les touristes se profile l’ombre de l’Empereur. Et il faut montrer patte blanche pour entrer dans l’intimité d’une famille dont le destin est lié à l’histoire et aux petites histoires d’une de ces villas pas tout à fait comme les autres.

Vichy, la ville-champignon du Second Empire1 bientôt ville-éponge aux styles architecturaux foisonnants, conserve la trace de Napoléon III . L’exilé adepte du coup d’Etat et l’homme de pouvoir, prisonnier de ses coups d’éclats permanents connaîtra, sous Louis Philippe 1er, les langueurs de l’exil, tantôt cristallines en Suisse tantôt moites en Louisiane, où il effectuera un court séjour. Sa carrière politique, vécue au départ dans l’ombre duveteuse de l’Aiglon, duc de Reichstadt, et de la mémoire écrasante de son oncle, n’aurait pu être qu’une succession d’échecs rocambolesques s’il n’avait point été doté d’intelligence et d’un sens tactique aigu. Il mit ainsi à profit ces qualités pour retourner la situation en sa faveur pendant l’éphémère IIe République.

Dès lors, Napoléon « le Petit », comme le surnommait Victor Hugo, verra les choses en grand, d’autant que le Second Empire lui apportera tout le poids de son triptyque gagnant : industrie, commerce et finance. Mais la décision de trop contre la Prusse le conduira à la capitulation de Sedan. Son fils, le prince impérial, périra en Afrique du Sud, sous la pointe exotique d’une sagaie zoulou, perpétuant ainsi le destin troublé de son père.

Mais pour l’heure, Vichy lui plaît. L’Empereur déplace des montagnes par décrets. Une gare surgit, des routes thermales sont percées, on élève une digue sur la rive droite de l’Allier, un nouveau parc se dessine. Pour profiter de la vue sur ces espaces verts et de la proximité des lieux de cure, trois chalets seront construits à sa demande, qui deviendront rapidement six. Sans doute inspirée par ses années d’exil, l’architecture de ces chalets rappelle les maisons alpestres et les demeures coloniales. Lors de ses deux premières cures à Vichy, en 1861 et 1862, l’Empereur demeure à la villa Strauss2, résidence du chef d’orchestre Isaac Strauss. Rapidement, il confie à l’architecte Jean Lefaure, la construction du chalet Marie-Louise (109, bd des Etats-Unis). Achevé au printemps 1863, il l’occupera brièvement lors de sa cure la même année ; avant que l’impératrice Eugénie ne quitte Vichy dans un accès de colère folle dû à l’appétit irrépressible de Napoléon III pour la gente féminine. Tout penaud, il fait construire en 1864 le chalet Eugénie en son honneur (105, bd des Etats-Unis). Un « E » orne toujours la porte d’entrée.

Mais Eugénie, bafouée, se réfugie à Saint-Cloud, au palais impérial, qu’elle ne quittera plus jusqu’à l’arrivée des prussiens à Paris. L’histoire raconte qu’en pleine débâcle, elle organisera le déménagement des meubles avant l’arrivée des ennemis. Voilà de quoi éclairer sur son caractère précautionneux…

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Cette intimité dévoilée et la présence incessante des badauds sous les fenêtres du chalet Marie-Louise, amènent Napoléon III à envisager la construction d’un autre chalet avec un balcon tourné vers les parcs, le chalet de l’Empereur (107, bd des Etats Unis), qui sortira de terre à l’hiver 1863. Il accueillera l’empereur lors de ses dernières cures, en 1864 et 1866. Son toit assez plat et ses piliers de bois peints rappellent le style Louisiane du chalet Marie-Louise. Sur la porte d’entrée un « N » s’affiche. « N » comme n’habite plus à l’adresse indiquée… A l’inverse, le chalet de l’Impératrice avec son toit pentu s’inspire des chalets suisses. Faut-il y voir de sa part une volonté de bienveillante neutralité ?

En 1863 l’officier d’ordonnance de Napoléon III , le comte de Clermont-Tonnerre, fait construire un chalet qui porte encore son nom (109 bis, bd des Etats-Unis) pour y loger le service de sécurité de l’Empereur.

Dans l’élan qui semble donner vie à la ville entière, l’architecte Lefaure réalisera à l’été 1864 – comme une copie parfaite du chalet de l’Empereur – le chalet des Roses, propriété d’Achille Fould, ministre des Finances atteint de mimétisme (voir encadré page précédente). Avant que la famille Bignon n’acquière le chalet des Roses en 1885, de nombreuses personnalités y séjournèrent : la cour de Saint-Pétersbourg en la personne du grand-duc d’Oldenburg, la grande duchesse Marie de Russie, soeur du tsar, ou le khédive d’Egypte, Ismaïl Pacha.

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Le dernier chalet conçu par l’architecte porte le nom de chalet Saint-Sauveur. Commandité par le docteur Willemin, il verra le jour en 1897 (103, bd des Etats-Unis).

Le chalet des Suppliques (1864), situé à l’entrée du pont de Bellerive, est toujours là, intact. Sa modeste fonction de maison de gardien du parc l’a protégé des appétits fonciers qui provoqueront la disparition du chalet Thérapia, en lieu et place de l’actuel Vichy Spa Hôtel les Célestins.

Après la défaite face aux prussiens, Napoléon III sera déchu et finira en exil en Angleterre. Une fois de plus, une fois de trop. Là, il aura le temps de relire les deux tomes de son Histoire de Jules César. De quoi méditer sur la chute de l’empire… romain !

1 Vichy multiplie par dix le nombre de ses habitants et visiteurs en 50 ans à partir de la deuxième moitié du XIXe siècle.
2 La Villa Strauss est maintenant intégrée au restaurant La Véranda, de l’Aletti Palace.

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