VILLE DE CONGRÈS, VICHY OFFRE, DEPUIS 1995, UNE INFRASTRUCTURE RÉUNISSANT PALAIS DES CONGRÈS ET OPÉRA. UN CADRE EXCEPTIONNEL, FRUIT DES TALENTS CONJUGUÉS D’ARCHITECTES, D’ARTISTES ET D’ARTISANS, D’HIER ET D’AUJOURD’HUI. L’ENSEMBLE EST CLASSÉ MONUMENT HISTORIQUE DEPUIS 1996.

Sous Napoléon III, Vichy est en plein essor. Si l’on vient y prendre les eaux, on aime aussi s’y distraire. « Voir et être vu », une ligne de conduite sans faille des « nobles » curistes. Ces acteurs des soirées mondaines aiment les jeux, les bals et les spectacles. Les bienfaits de l’eau de Vichy leur sembleraient bien amers sans cela. La cité thermale se doit d’être à la hauteur. L’Empereur impose à la Compagnie fermière (gestionnaire des sources et des établissements thermaux) de veiller à cette exigence. Et, c’est ainsi qu’est édité, en 1865, le premier casino-théâtre de Vichy par l’architecte Charles Badger. Le bâtiment de 60 m de long sur 35 m de large qui s’ouvre sur le parc, s’impose dans l’axe de la grande allée face à l’établissement thermal. Sa façade principale, encadrée de deux pavillons de style Renaissance, est éclairée de cinq portes-fenêtres. Elle est ornée de cariatides, les quatre saisons, sculptées par Albert-Ernest Carrier-Belleuse, de deux angelots encadrant une horloge et un baromètre. Sa véranda semi circulaire repose sur six chapiteaux corinthiens.

UN LIEU DE PLAISIRS ABONDANTS

Ouvert le 2 juillet 1865, le casino dispose d’une salle de bal, de billard, de divers salons (lecture, correspondance et un autre consacré aux dames). Sa salle de théâtre de 820 places, blanche et dorée, est rehaussée des peintures de Jules Petit. L’artiste a représenté des scènes de plein air « dans le goût du XVIIIe » avec « des amours qui volettent, une architecture antique et des allégories ». Le premier lever de rideaux rouges du théâtre du casino s’ouvre sur un opéra comique « Litzchen et Fritznen ». En 1865, le théâtre est dirigé par Roméo Accursi, ancien premier violon d’Isaac Strauss. Il compose une saison du 15 mai au 30 septembre avec concerts, répertoire dramatique, opéras comiques. Une troupe et un orchestre sont attachés au théâtre. En 1880, l’architecte Badger propose d’agrandir le casino devenu trop petit. Des pétitions circulent même. Mais, en vain. Il faudra attendre 1898 pour qu’un projet prenne corps. L’agrandissement est confié à l’architecte Charles Le Cœur. Il est assisté de Lucien Woog et Jules Simon.

UN THÉÂTRE-OPÉRA ART NOUVEAU

Les travaux de restructuration et d’agrandissement débutent en 1898 pour se terminer en 1902. Il s’agit de la transformation complète du casino de Badger. La salle de théâtre devient une salle de jeux, la salle de billard un restaurant, le salon des jeux un grand dégagement. La salle de bal, le salon de lecture et celui des dames se métamorphoseront, en 1910, en un seul espace : le salon des fêtes (actuelle salle Napoléon III) visible de la marquise.

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A droite du casino est donc construit la nouvelle salle de théâtre-opéra de 1 400 places, des salons et un grand hall. Sa façade dans le prolongement de celle du casino donne sur le parc. Elle est agrémentée d’un escalier majestueux, comme un prélude au faste de l’édifice Art nouveau. La façade est ornée de sculptures de Pierre Seguin. On y repère Colombine et Arlequin ou deux masques sculptés inspirés de  l’Égypte et de la Mésopotamie aux angles supérieurs. Le sculpteur a réparti « harmonieusement masques, médaillons, végétaux, instruments de musique stylisés. L’ensemble est souple, élégant, marqué par le goût de l’époque, sans que le décor domine ni n’envahisse » remarque Josette Alviset. Les entrées du théâtre se déploient en trois portes décorées de grilles forgées, où fleurissent des pavots, réalisées par le ferronnier Émile Robert comme toutes les balustrades et rampes du bâtiment. A l’étage, sur la façade s’accrochent trois balcons où les spectateurs prennent le frais durant les entractes.

LE STYLE DÉCORATIF UNIQUE DE RUDNICKI

L’architecture de la salle de théâtre à la française est conçue comme une coque, sans aucun pilier qui gêne les spectateurs, grâce à une ossature métallique qui supporte la couverture et les parois. Son décor est remarquable de par ses motifs et ses teintes ivoire et or. C’est l’œuvre conjointe de Pierre Seguin pour les ornements sculptés et du peintre-décorateur Léon Rudnicki. Ce dernier a conçu « un style décoratif unique voué aux délices orales… volubilis, roses, marguerites… s’épanouissent dans une belle harmonie. » Pas de lustre ostentatoire, mais une coupole monumentale équipée d’une centaine d’ampoules et d’un système d’aération caché dans la série de lyres. Elle est cerclée de roses et sur les pendentifs figurent les portraits des célébrités de l’époque : Sarah Bernhardt, Réjane, Cléo de Mérode…

Le front de scène est surmonté de deux paons blancs entourant le masque de la tragédie surmonté d’une lyre. Le théâtre a ouvert le 2 juin 1901 avec une représentation de Aïda de Verdi. Quarante huit représentations lyriques de dix- sept œuvres différentes seront données durant cette première saison.

Le Grand casino et le théâtre-opéra vont pendant des décennies contribuer au rayonnement de Vichy attirant, en nombre, curistes et visiteurs du monde entier. La cité thermale, durant la saison d’été, fut jusque dans les années soixante, « le lieu où il fallait être » pour les personnalités comme pour les artistes.

Devenue propriétaire du Grand casino et du théâtre-opéra en 1987, la ville de Vichy veut, en 1994, redonner de l’éclat et une vocation d’envergure à cet ensemble immobilier Grand casino et Opéra, inscrit aux Monuments historiques et classés depuis 1996. « Le geste architectural existait déjà et la capacité également. Vichy a un nom et une capacité hôtelière importante de proximité, d’où la volonté d’attirer des séminaires en créant un Palais des congrès au cœur de la cité thermale », remarque Joël Herbach, directeur de l’urbanisme à la ville de Vichy. Ce chantier complexe est con é à l’architecte Jean-Guilhem de Castelbajac qui argumente son projet par « redonner un souffle de vie et de rencontre à un patrimoine de grande qualité ». Il s’agit donc de créer un Palais des congrès dans le Grand casino de Charles Badger et de restaurer, à l’identique, l’Opéra tout en modernisant la technique. Castelbajac s’entoure d’une équipe spécifique : architectes designer, acousticien, scénographe, décorateur de cinéma, consultants, etc. Il mène le projet en étroite concertation avec l’architecte en chef des Monuments historiques.
« Castelbajac a compris ce qu’est un congrès : un milieu qui se rassemble pour faire le point et évoluer. Quelque part, c’est la mise en scène de quelque chose. Il faut que chaque congrès soit unique » souligne Joël Herbach. Et d’ajouter « quand Castelbajac propose d’apporter du contemporain au cœur de ce patrimoine, notamment dans le Palais des congrès, cela va dans ce sens. De même, il a le souci de maintenir les traces et de les rendre visibles. Aussi, des recherches historiques ont été menées. »

ON A RETROUVÉ SIX LUSTRES IMPOSANTS DANS UN LOCAL TECHNIQUE, AVEC LESQUELS ON A PU EN RECOMPOSER QUATRE, SUSPENDUS AU PLAFOND DE L’AUDITORIUM.

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MIS À JOUR DE MERVEILLES OUBLIÉES OU INCONNUES

Le chantier qui est réalisé de 1994 à 1995 sur les deux sites, révèle des merveilles oubliées et certaines inconnues. « Dans le Grand casino, marbres, et stucs étaient cachés sous des peintures roses. En aménageant la galerie de l’Arlequin, on a découvert une verrière dissimulée dans les faux plafonds. Arlequin, sculpture de Saint Marceaux a été mise en scène, au centre de quatre colonnes. Deux d’entre elles qui avaient disparu ont été reconstituées. Lors de la création de l’auditorium Eugénie, des sondages dans cette ancienne salle de jeux ont mis à jour des pilastres en lapis-lazuli rehaussés de sources dorées. On a retrouvé six lustres imposants dans un local technique, avec lesquels on a pu en recomposer quatre, aujourd’hui suspendus au plafond de l’auditorium. Pour l’Opéra, on a récupéré la machinerie de scène de l’opéra Garnier alors en restauration. Et on a retrouvé, enroulé dans les cintres de l’opéra de Vichy, le rideau de scène d’origine. Haut de 15 mètres et large de 12 mètres, il a été restauré. Le motif des velours des fauteuils a pu être réalisé à l’identique grâce au rouleau de gaufrage de 1880 retrouvé dans un établissement d’Amiens » souligne Joël Herbach.

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Le défi de Castelbajac dans le Palais des congrès a été d’associer patrimoine et création contemporaine. Dans l’auditorium Eugénie, les murs de granit piquetés de lumières de part et d’autre de la salle, jouent un rôle spatial et acoustique. L’objectif d’élégance se traduit par l’emploi de beaux matériaux. Par exemple, dans le hall, pour inciter les congressistes à se diriger vers le sous-sol où se trouve la salle de restaurant de 1 200 couverts et le bar. Aussi, l’escalier est conçu en granit, le mur en voile d’albâtre et le garde-corps en verre plein dans la masse.

La restauration des décors Art nouveau de la salle de l’opéra (peintures, tissus, sculptures, etc.) a été réalisée par Marie-Lys de Castelbajac. Pour « ôter le voile gris des décors » la restauratrice a utilisé différentes techniques : nettoyage avec tamponnage au coton imbibé de solvant ou des gommages doux ; retouches de peinture ponctuelles ou refixage. Jusqu’à recréer des motifs oraux à l’identique et restaurer ou refaire les dorures. Sans oublier le nettoyage des pierreries ornant les personnages de la coupole. Certaines ont été remplacées mais patinées à l’identique. Depuis, juin 1995, le décor Art nouveau de l’Opéra dévoile toute sa magnificence en prélude à chaque lever de rideau.


DERRIÈRE LE STUC ET LES DORURES SE CACHENT STRUCTURES MÉTALLIQUES, MANSARDES OUBLIÉES, ŒILLETONS INDISCRETS, ENCHEVÊTREMENTS DE TRINGLERIES… AU HASARD D’UN REPORTAGE PHOTO URBEX (URBAN EXPLORATION), À LA RECHERCHE DE L’ESTHÉTISME DE CES LIEUX CACHÉS ET DIFFICILES D’ACCÈS, LE PHOTOGRAPHE TOMBE SOUS LE CHARME D’UNE BIBLIOTHÈQUE OUBLIÉE DANS LAQUELLE SOMMEILLENT LES PARTITIONS DES ŒUVRES JOUÉES SUR LA SCÈNE DE L’OPÉRA.