Le Club, La France, Le Petit Tonneau (chez Dupont), le Bar d’en face, le Rabelaisien, le Grill… Ils sont légion les troquets tombés au champ d’honneur. Souvenirs d’un passé révolu où les réseaux sociaux n’avaient rien de numérique, où les sites de rencontre ne mentaient pas sur la marchandise, où on était d’un café aussi sûrement que d’un pays… Séquence nostalgie !

Personne ne saurait dire avec précision quand, ni comment ça s’est arrêté. On ne s’est pas réveillé un matin et les choses avaient changé pendant la nuit. La vérité, c’est que cette vie qu’on croyait notre vie pour toujours, qui serait celle de nos enfants et de nos petits-enfants… s’est peu à peu éteinte. Il y a eu un premier renoncement, puis un autre et un jour, on s’est rendu compte que la vie n’était plus la même. Moins de musique, moins d’éclats de rire, moins de coups de sang, moins de paroles, moins de bagarres, moins d’alcool, moins de jeunesse, moins de vie. Ou plutôt une autre vie, la vie 2.0, la vie d’après.

En 1961, Johnny Hallyday fête ses 18 ans à l’Elysée Palace. Les journaux de l’époque relatent son concert : « … à la deuxième chanson, des spectateurs se roulaient par terre, à la troisième la police intervenait ». L’année suivante Fats Domino donnait un unique récital. Tandis qu’à la même période, de 1955 à 1968, de début juin à fin août, tous les soirs se produisaient les Hanny’s Dutch Sisters.

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Leur performance qui s’achevait par l’envahissement de la rue Clemenceau a marqué les mémoires. Ceux qui ont vécu ces années ne peuvent pas oublier la folie qui s’emparait de la ville les soirs d’été. Ils parlent encore de cet orchestre de jeunes femmes, comme s’il s’était produit l’année dernière, alors que c’était il y a cinquante ans… un demi-siècle !

Certains disent que ça a commencé en 1962, à l’indépendance de l’Algérie. Les pieds-noirs qui jusqu’alors profitaient de leurs vacances à Vichy pour s’amuser et consommer sans modération ont été rapatriés, certains même à Vichy, mais ils n’avaient plus le cœur à la fête. Au début des années 70, on a fait comme si de rien n’était, pourtant, de l’été, c’était bien le début de la fin. En 1973, le premier choc pétrolier est arrivé, le pays venait d’en finir brutalement avec les Trente Glorieuses.

Peu après, les premières franchises sont apparues en France et ont d’abord envahi les centres villes. Quelques cafetiers désabusés ont vendu, cédant aux avances des grandes enseignes. Il aurait fallu être attaché à un pilier du comptoir pour leur résister.

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Et puis les 35 heures sont arrivées, les choses simples sont devenues compliquées et les chaises ont commencé à déserter les terrasses de plus en plus tôt. Mais l’histoire ne s’arrête pas là. Ceux qui ont le souvenir de ces années s’accrochent à ce rêve que tout peut recommencer. Oh bien sûr, différemment, avec d’autres acteurs, d’autres musiques, mais sur la scène, le décor est encore dressé, l’esprit toujours là, intact.

Et puis il y a une nouvelle génération, ceux qui viennent d’ailleurs et puis ces Auvergnats de Paris qui nous reviennent. Ils apportent des idées neuves et du sang frais, les mêmes raisons qui ont fait partir les parents nous ramènent les enfants. Riches d’enthousiasme et de savoir-faire, vierges des inhibitions du passé, c’est leur propre histoire qu’ils sont venus écrire ici, à la croisée des possibles, aux Quatre-Chemins.

LE PETIT POT

Etablissement séculaire, le Petit Pot porte bien ses 106 printemps. Il faut dire que ses proprié- taires successifs l’ont consciencieusement asti- qué. L’actuel, Yannick Besson et les précédents, étaient des cafetiers professionnels parisiens, qui se sont attachés à lui conserver son indéniable cachet.

Chassés de la capitale par l’explosion de l’immobilier, peu friands de la banlieue et de sa cohorte de galères franciliennes, ils sont venus trouver à Vichy un cadre de vie humain. Voilà maintenant que les Auvergnats de Paris redescendent au charbon au pays !

Le Petit Pot est de ces lieux où on se sent instinctivement bien. Assis, lové dans une de ces alvéoles, on est comme enveloppé par le plafond crème qui volute, prouesse de staffeur. Ce qui fascine le plus les Américains en France, c’est notre faculté à nous poser en terrasse pour profiter d’un rayon de soleil ou tout simplement regarder la vie passer comme on regarde couler un fleuve paresseux. Ça paraît facile, mais c’est tout un art de vivre que de s’extraire, ne fut-ce qu’un instant, de notre société productiviste. En ce sens, Le Petit Pot constitue un excellent terrain d’apprentissage.

Ouvert tous les jours, cuisine tous les midis.

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LE SAINTONGE

Même s’ils disputent au Petit Pot le César des meilleurs espoirs masculins des Quatre-Chemins, Jean-Christophe Debost (le régional de l’étape) et Nicolas Kerdoncuff (le patronyme pas trop régional), ne sont pas tombés de la dernière averse (cursus dans les cuisines de palaces parisiens et de l’Hôtel Radio à Chamalières). Certes, ils ne viennent pas non plus des neiges d’antan, mais disons qu’ils ont de la bouteille, ce qui peut toujours servir dans ce métier. Ils sont les deux seuls à savoir pourquoi ils ont appelé leur estaminet d’une rue du 3e arrondissement de la Charente (je la fais courte). Past Comptoir des Quatre-Chemins, Past Bar des Quatre-Chemins, l’établissement a, de mémoire de bidasse, longtemps été une sorte d’antichambre (mais ça marche aussi avec thèse) de feu l’hôpital militaire. Là, des biffins hépatiques, venus des colonies, participaient volontairement à des expériences thérapeutiques consistant à traiter le mal par le pire, étant entendu que le mieux est l’ennemi du bien. Mais je m’égare… revenons au XXIe siècle. C’est peu de dire que nos deux lascars ont rénové l’établissement, ils ont TOUT changé et avec goût de surcroît.

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Même s’ils ne baignent pas dans le gloubi-boulga du c’était mieux avant, ils savent qu’il faut ranimer ce quartier et bouillonnent d’idées, comme la source Grande Grille de CO2. C’est pourquoi à l’étage (très belle salle de restauration, au calme), c’est café-théâtre tous les 1ers vendredis du mois avec une troupe en résidence : les Habités. A ne pas confondre avec les habitués qui eux ne parviennent pas jusqu’à l’étage. Concerts aux beaux jours qu’ils promettent aussi ! Panem et circenses… que demande le peuple ?

Ouvert tous les jours sauf le lundi et le dimanche soir. Cuisine midi et soir

LE MORNY

Le Morny, c’est le plus récent dans la place. Alors que pléthore de troquets sont devenus commerces, lui a suivi la trajectoire inverse passant de parfumerie à estaminet. Une histoire d’alcool malgré tout.

Dernier arrivé, le Morny n’en a pas moins changé 3 fois sa salle, 4 fois son store et 5 fois sa terrasse. Stéphane Bois, qui préside avec Isabelle aux destinées des lieux, se sent d’autant plus libre de coller à l’air du temps et de tout casser que Le Morny n’est prisonnier d’aucune histoire. Il est à l’affût, c’est peu de le dire, des dernières tendances déco et surtout à l’écoute de sa clientèle, n’hésitant pas à prendre des virages à 180°.

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Les clients veulent du cosy, du douillet ? Pif ! On vire la moleskine, on dresse des tentures, on crée des alcôves et on déniche un petit velours de théâtre de derrière les fagots chez un fabriquant lyonnais. Parfait pour la comédie humaine. Ils ne veulent plus de gluten ? Paf ! Par ici la Chantilly végétale au lait de soja, y’en aura pour tout le monde ! Ils n’ont plus de fesses à cause de la Chantilly allégée ? Pouf ! On aboule les Chesterfield et au besoin on surélève les fauteuils bas, on abaisse les chaises hautes, en un mot, on s’adapte ! Ils veulent de la magie de Noël ? Oh, oh, oh ! Stéphane se déguise en renne ! Ils veulent monter sur le renne ? Euh… là, non. On veut bien faire plaisir, mais quand même, faut pas pousser !

Ouvert 7 jours sur 7, cuisine tous les midis.

LE LUTÈCE

Quand Jean-Michel Chavarochette rachète le Marignan en 1981, l’établissement a déjà quelques heures de vol, mais lui a de ces ambitions insatiables à décroisser la lune, en attendant de croquer la fortune.

Il aura d’abord fallu convaincre la mère Bansard (francisée de Ben Saïd dans un épisode précédent) pour emporter l’affaire qu’une fratrie se disputait. Visant, comme tout patron qui se respecte, le modèle de la brasserie parisienne, le voilà qui se met dans la restauration et, raccord, baptise son nouvel établissement « Le Lutèce ». Lutèce : c’est classe, ça fait latiniste, mais qui boit un peu. Lutetia ç’eût été un tantinet prétentieux et de toute façon c’était déjà pris. Paname ça faisait trop canaille, limite milieu. Mais dans une ville qui se rêve en petit Paris, Lutèce, ça claque bien, non ?

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A peine dans les murs, il les casse pour s’agrandir quand d’autres les vendent, preuve qu’il y avait bien du travail pour qui voulait s’en donner. Et voilà notre homme parti pour un tour de carrousel qui va durer 37 ans.

Lui qui a commencé comme chasseur au Queen’s, a probablement gardé une persistance rétinienne de ce Vichy-là. Lui qui sert aujourd’hui les ados des ados qu’il servait hier. Lui qui a vu une génération de vichyssoises devenir WAGs de pensionnaires de l’INF (Institut national du football).

Oui, c’est encore une page de l’histoire de la limonaderie vichyssoise qui se tournera quand « Chava » aura passé la main.

Cuisine 7j/7 midi et soir

LA CRÊPERIE JOSÉPHINE

Dès 1943 (et sans doute avant) on trouve trace d’un piano bar qui s’appelait semble-t-il Joséphin. Mais comme pour faire des crêpes il faut des œufs (…) Nathalie et Patrick Auger ont choisi d’appeler leur crêperie Joséphine.

Des trois salariés qu’ils étaient au rachat du restaurant en 1987, ils sont à présent jusqu’à quatorze en saison, ce qui montre qu’il n’y a pas de fatalité : une équipe étoffée permet d’ouvrir la crêperie midi et soir, sept jours sur sept.

Il leur reste deux projets à accomplir : franchiser leur concept de crêperie et, dans la mesure où ils se sentent investis d’une responsabilité sociale, accompagner et faire évoluer leur jeune personnel. Deux bonnes pâtes en somme…

Service de crêpes et salades quasiment en continu de 12h à 21h.