Portraits croisés de trois néo-vichyssois dont l’arrivée à Vichy et le projet de vie participent à la sauvegarde du patrimoine architectural de la ville, et pour certains, à son offre culturelle et touristique. Leurs histoires rompent radicalement avec le stéréotype démographique qui voudrait voir Vichy uniquement jouer en catégorie vétérans. Ces expériences nous confortent et nous obligent. Elles nous confortent parce que le regard des autres débarrassé des préjugés (et seulement des préjugés) de l’histoire nous confirme que décidément cette ville possède un charme spécial. Elles nous obligent à redoubler d’efforts pour que les futures rencontres entre Vichy et ses habitants à venir, doivent moins au hasard qu’à la certitude qu’il fait bon vivre ici.

La villa « La Tourelle » et le Chalet du comte de Clermont-Tonnerre

Derrière les précautionneuses politesses de celui qui a réussi, Edouard Delgrange incarne un jeune homme pragmatique, volontaire… et chanceux. C’est à la faveur d’un week-end entre amis dans les volcans d’Auvergne qu’il a découvert Vichy. Après le coup de cœur rapidement partagé par Marion sa compagne, ils décident tous deux de quitter Aix-en-Provence pour la Reine des villes d’eaux, sur un coup de tête.

Passé l’effet « whaou », leur décision est néanmoins mûrement réfléchie : Vichy leur offre une qualité de vi(ll)e inestimable, la synthèse de toutes leurs (en)vies de château dans un décor à taille humaine et le tout à un tarif très compétitif, si on considère le marché de l’immobilier au niveau national.

UNE BONNE IDÉE EST FAITE POUR ÊTRE PARTAGÉE.

En quête d’un toit pour abriter leur petite famille, un coup de chance les mène devant les grilles de la villa La Tourelle, à l’angle du boulevard de Russie et de la rue Alquié. Longtemps inhabitée, la villa accuse le coup et il ne faudra pas moins de six mois de restauration pour lui redonner un sérieux coup de jeune !

Pendant les travaux, le projet de vie devient projet professionnel lorsqu’Edouard Delgrange vole au secours d’un autre patrimoine vichyssois en péril : le Chalet du comte de Clermont-Tonnerre. Là encore, il y avait urgence à redonner vie à ce grand corps malade qui ne trouvait pas acheteur. Il signe à nouveau pour un an de travaux et, profitant de la position centrale de Vichy, transforme le Chalet en lieu de séminaires d’entreprise pour réunir les commerciaux de son réseau national de vente. Mais comme une bonne idée est faite pour être partagée, et qu’il est convaincu qu’entretenir un patrimoine c’est le réinscrire dans le présent, Edouard Delgrange propose le Chalet à la location avec ou sans nuitée pour des évènements culturels, professionnels ou familiaux, sous les lambrequins.

La villa Marguerite

Depuis quelques mois, des notes de musique s’échappent de la villa Marguerite, au 94 du boulevard des Etats-Unis à Vichy. Cette grande bâtisse orpheline et quelque peu négligée au fil du temps a été adoptée par un jeune couple de musiciens professionnels. Chez les Mino, papa est en bas qui fait du tuba, maman est en haut qui joue les sopranos.

SI VICHY EST UN PETIT PARIS, ALORS LA RUE DU GOLF, POURSUIVANT LA MISE EN ABYME, EST UN VICHY EN MINIATURE.

Il ne leur aura pas fallu longtemps pour se résoudre à quitter leur petit 50 m2 parisien pour s’installer dans cette vaste villa de 3 étages, construite en 1911 par l’architecte vichyssois Jean Fleury. Tout bien considéré, lorsqu’on est musicien de carrière internationale et qu’on se produit aux quatre coins des cinq continents, le lieu de résidence devient relatif. D’autant que Vichy n’était pas pour eux une inconnue, avec la présence rassurante de son opéra (dans lequel Fleur a déjà chanté) et la société Vichy Enchères qui s’illustre dans les instruments de musique. Pour accommoder à leur sauce une villa dans son jus, ils ont suivi une recette singulière qui aurait plu à Tim Burton : restaurer tout en délicatesse, conserver la patine du temps pour ne pas faire fuir les fantômes de cette maison, bien grande pour leur petite famille.

Cet espace, ils ont également décidé de l’ouvrir en partageant un projet culturel qui leur tient à cœur : accueillir des musiciens, artistes lyriques, ou comédiens en résidence (la villa compte quatre studios et plusieurs chambres) et leur donner la liberté de s’exprimer à travers les œuvres qu’ils apprécient. In fine, un public d’une quarantaine de personnes assiste au salon à une représentation intimiste au plus près des artistes.

La villa Tzarine

Si Vichy est un petit Paris, alors la rue du Golf, poursuivant la mise en abyme, est un Vichy en miniature. Entre lac et thermes, elle forme un ensemble architectural particulièrement homogène et élégant : de belles villas aux façades et aux grilles soigneuse- ment alignées, une anecdotique construction moderne et quelques pépites, comme la villa du Docteur Maire ou la villa Tzarine. A ce jeu des poupées russes, même si son extraction slave demeure mystérieuse, la villa Tzarine occupe une place de choix. Originellement annexe de l’hôtel Magenta, elle était destinée à une clientèle huppée qui ne « descendait » pas à l’hôtel, mais vivait en villégiature comme à la ville, entourée de ses domestiques.

SI VICHY EST UN PETIT PARIS, ALORS LA RUE DU GOLF, POURSUIVANT LA MISE EN ABYME, EST UN VICHY EN MINIATURE

Construite en 1907, elle porte la signature architecturale néoclassique d’Adrien Dacq, à qui l’on doit également l’hôtel Lutetia (dans sa version locale) et la villa La Tourelle. Gravée sur sa façade, la mention « Téléphone Lumière électrique » ancre à jamais le bâtiment dans les premières années du XXe siècle. Les temps ont changé, les équipements de confort aussi, mais c’est bien autre chose que ses propriétaires actuels, Monsieur et Madame Guillaume, sont venus chercher ici. Originaires de la région clermontoise, ils ont à l’instar de leurs concitadins, fréquenté Vichy pour fuir les tumbleweeds dominicaux de la place de Jaude.

Tombés sous le charme atemporel de la station, ils ont choisi de quitter leur pavillon des alentours de Clermont-Ferrand, pour s’installer chez la Tzarine. Mais la belle centenaire avait subi les affres du temps et sa figure avait besoin d’un gommage régénérateur. En restauration du patrimoine, on parle plutôt de sablage doux, mais le résultat est spectaculairement le même : la façade en calcaire a retrouvé son teint Célestin.

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