À Vichy, on ne dit pas mairie mais Hôtel de ville. Au début du XXe siècle, la cité thermale affiche toute sa grandeur. La Reine des villes d’eaux accueille de prestigieux curistes du monde entier. L’édifice public, conçu par l’architecte Antoine Chanet, est à l’image de l’Hôtel de ville parisien. Mais, Vichy n’était-elle pas aussi Reine des arts avec son Opéra, ses salles de spectacles ? Reine des loisirs avec son hippodrome, son golf, etc. ? À Vichy, on prenait soin simultanément de sa santé et de ses plaisirs.

Pour le conseil municipal, le bâtiment doit être à la hauteur du rayonnement de la station thermale et accessible, donc proche du centre ville et de la gare. D’où le choix de la place de la Nation. C’est dans cet espace, largement dégagé, que s’érige l’Hôtel de ville de style néo-Renaissance. Sa décoration, sur l’ensemble du bâtiment, témoigne de la vocation thermale de la ville. La façade, la toiture et les grandes salles ont été inscrites à l’inventaire des Monuments historiques en 1990.

En 1913, l’atmosphère est plutôt au beau fixe lorsque les travaux des fondations débutent. La première pierre est posée le 22 février 1914. Mais le chantier cesse en raison de la Première Guerre mondiale et cela jusqu’en 1923. Les services municipaux s’installent seulement en avril 1925. Les travaux s’achèvent définitivement en 1927. L’Hôtel de ville est inauguré le 23 septembre 1928 en présence du ministre de l’Intérieur, Albert Sarraut.

La façade de l’Hôtel de ville, en pierre de taille des Estaillades (Luberon) est « animée de sculptures : frises de feuillage, cornes d’abondance déversant des fruits. Sur les colonnes et les chapiteaux, décorés de masques et de guirlandes de fruits, s’inscrit la lettre V. Le blason de la ville chapeaute l’horloge en verre coloré flanquée de figures féminines sculptées. » L’ensemble de 30 m de haut, comporte trois niveaux. Il est dominé par un lanterneau orné de dauphins.

LA DÉCORATION DE L’HÔTEL DE VILLE, SUR L’ENSEMBLE DU BÂTIMENT, TÉMOIGNE DE LA VOCATION THERMALE DE LA VILLE.

De la place, on accède à l’Hôtel de ville par une volée de marches en granit de Seymiers. L’édifice municipal s’ouvre sur sa salle des pas perdus, désormais hall d’accueil. Le visiteur peut y patienter en admirant la décoration : « coquilles déversant de l’eau sous les retombées des arcs ; les frises de stalactites aux angles et les motifs végétaux soulignant les portes. » Après avoir franchi le vestibule, dont le plafond est agrémenté « d’une frise de feuillages et de lauriers », on accède à l’escalier d’honneur à double révolution, ce qui lui confère une certaine solennité. Les mains du visiteur se posent sur sa rampe de fer forgé brodée de la symbolique de l’eau et des jonc.

Au premier étage, sur le palier, le buste en bronze de Louis Lasteyras, posé sur une colonne de marbre. Il a été maire de Vichy de 1900 à 1912 et 1919 à 1929 et donc le commanditaire de cet Hôtel de ville. Deux vitraux, réalisés en 1928 par Francis Chigot, irradient leurs couleurs chaudes. Ce maître verrier réputé a œuvré au centre culturel Valery-Larbaud où trois de ses œuvres symbolisent la tragédie, la comédie et la musique.

Le vestibule permet l’accès à la salle des mariages, la salle du conseil municipal et au salon d’honneur. Ce salon d’honneur fit, un temps, office de salle des fêtes, donc de bals, avant la construction d’une nouvelle salle à quelques pas. Aussi, sa conception a été voulue majestueuse, tant par sa décoration que par ses dimensions. De style néoclassique, sa riche ornementation se décline ainsi : « murs et plafonds à caissons en staff reprennent une inspiration antique avec des soubassements de stuc surmontés de chapiteaux corinthiens patinés bronze. » Ils encadrent les baies vitrées qui dominent la place de la Nation (place de l’Hôtel-de-Ville). En clef de voûte, le blason de la ville. Cette salle vouée aux arts est ornée de figures allégoriques de la mythologie gréco-romaine. 

Dans la salle du conseil municipal, soubassement et mobilier sont en chêne. Un V sculpté, cerclé de feuilles de chêne, signale les places réservées au maire et aux adjoints. Sur les corniches en staff courent des frises végétales.

Dans la salle des mariages, on retrouve les mêmes matériaux. Un buste de la République de 1928 côtoie celui de Napo- léon III du sculpteur Jean-Auguste Barre. Le premier accroc toile de l’impressionniste Norbert Goeneutte, de 1884, « fait sourire les visiteurs » de cette salle des mariages. Les murs de l’Hôtel de ville accueillent de nombreux tableaux, fruits de donations ou de prêts.

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