Il existe à Vichy une oasis, un lieu tenu secret, un royaume chérifien de poche en plein quartier thermal, dans lequel la chaleur n’a pas de prise…

L’été à Vichy, quand le soleil incendie la ville, chacun cherche son ombre, celle des grands arbres le long du fleuve, celle plus éphémère d’un store. Chaque déplacement est envisagé comme un voyage et la vie semble suspendue au moindre filet d‘air. Les Vichyssois sont en apnée. Tous les Vichyssois ?

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Pas tous. Il existe une oasis, un lieu tenu secret, un royaume chérifien de poche en plein quartier thermal, dans lequel la chaleur n’a pas de prise.

De l’extérieur rien ne distingue cette maison des autres si ce n’est une frise en étage et une façade d’un blanc étincelant. Le noir n’est pas de mise dans cette maison de la Belle époque remaniée dans les années 30 par un riche colon français du Maroc, adepte fervent des cures thermales à Vichy.

L’histoire serait presque banale sauf qu’ici l’homme a fait venir des ouvriers marocains pour reproduire à l’identique un riad. Nostalgie ou fantaisie architecturale ? Sûrement un peu des deux.

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La porte d’entrée de la maison, cloutée, en bois sombre teinté, traversée de motifs géométriques en bronze nous ramène, avec ses incrustations de coquillages, dans les temps immémoriaux, quand le Sahara était encore une mer. A peine le temps de remarquer la devise qui orne la porte « Ehlem Wa Salam, soyez les bienvenus » que nous pénétrons déjà dans un sas fermé par une porte en verre opaque. Une entrée en marbre, somme toute classique dans ce genre de maison, fait écho à deux magnifiques arabesques en bois finement ciselées qui ornent le plafond.

Passé le salon, un étonnant patio nous attend et nous donne l’impression de vivre cette alternance entre chaleur et fraîcheur qui rythme la vie à Ouarzazate ou dans toutes autres palmeraies, fragiles avancées végétales face à la marche abrasive du désert.

Ce lieu secret évoque auprès de notre hôte, récemment acquéreur de cette belle maison, des rêves dans lesquels se mêlent le bruit de l’eau qui court entre les bassins, les odeurs de citronniers, les paysages et une part d’intime liée à l’enfance.

La fontaine au fond du patio pourrait nous ramener en plein coeur de la Médina, dans l’intimité d’un riad à la fois fermé et ouvert. Hermétique au tumulte extérieur et ouvert sur la méditation avec ses nuits étoilées qui plongent au coeur de la maison.

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L’équilibre de ce patio oriental avec ses neufs arcades, en forme d’arc outrepassé, portées par des colonnes torses à chapiteaux sculptés et surmontées d’un toit aux tuiles vernissées repose sur sa forme en U. Au centre, un bassin tout en mosaïque, de chaque côté des coursives ornées de fresques, deux bancs aux assises, dossiers et accoudoirs en bois. Un peu plus loin, de part et d’autre du patio, des jardinières avec des oliviers finissent de nous convaincre que nous ne sommes plus à Vichy mais au Maroc. En regardant la maison du patio on s’aperçoit que, des deux moucharabiehs qui devaient orner autrefois les deux fenêtres du premier étage, il n’en reste plus qu’un, seule entorse à la parfaire symétrie qui règne dans cette profusion de zelliges marocains. Une anicroche dans l’harmonie de la maison ? Pas de quoi empêcher son propriétaire de rêver sous les étoiles en buvant du thé à la menthe, de suivre le parcours du soleil en faisant sa sieste, de méditer ou bien encore de se projeter en pleine Fantasia, lui qui n’aime rien tant que la tranquillité de ce petit bout d’ailleurs…

 

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