Wild Customs fabrique sur mesure et personnalise des guitares électriques. Créée en 2008 par deux trentenaires originaires de la région, Wild Customs caracole à fond sur les nouvelles tendances du territoire de marque : références crypto-culturelles et valeurs communautaires chauffées à blanc à coups de visuels décalés sur internet, vidéos virales sur YouTube et campagnes Facebook ultra-ciblées…

Il est évident qu’on trouve plus souvent ce type d’activité rock and roll à Los Angeles, Londres, Paris qu’à vichy, « center of the France. » Alors Vichy oui, mais pourquoi ? dans ce genre d’histoires, ce qui fait la différence c’est le passé et dans notre cas une dose de hasard. Julien, Renaud et Blaise, les trois associés, sont de la région. Blaise est parti assez tôt travailler en Angleterre dans les jeux vidéos, à droite à gauche et dans une grosse boîte à la fin. Renaud et Julien, amis d’enfance restés en France, jouent de la musique ensemble. Julien a quinze ans d’ébénisterie derrière lui, Renaud est graphiste dans un magasin de snow-board à Paris. deux univers qui, a priori, n’ont rien à voir. autant le premier nécessite de la minutie, de la rigueur ; autant le deuxième fait appel à un style débridé qu’on retrouve dans l’univers extravagant du surf, du skate, du snow-board, bref de la glisse.

WCG-4

Los Angeles, Londres, Paris, Vichy : La quadrature du succès ?

Amis d’enfance, la musique les rapproche. ils ont l’idée de mixer leurs univers et créent, en 2008, Wild Customs qui réalise et vend des guitares sur mesure et customisées. Vichy les attire : qualité de vie, souvenirs communs et attaches familiales. L’histoire commence dans un garage au fond du jardin de la mère de l’un d’entre eux. en 2010, un copain couturier cède sa boutique, là où ils sont aujourd’hui. c’est le début de l’aventure Wild customs phase II.

Blaise les rejoindra plus tard pour apporter ses compétences en termes de marketing et de communication. Lucide mais pas désabusé, il souligne les raisons subjectives qui l’ont fait s’échapper de l’univers de l’entreprise mondiale théorisée par Marshall McLuhan.

« À Londres, je travaillais pour un middle manager qui lui-même dépendait d’un top manager qui rendait des comptes à un board qui obéissait au patron du hedge fund qui détenait le tout… j’ai préféré ne dépendre que de moi… ».

Blaise.

WCG-17

Des gars qui citent Oscar Wilde ne peuvent pas être foncièrement ignares. Wild customs, à la manière d’un patchwork, récupère et assemble, selon l’humeur et l’inspiration du moment, des tendances qui apparaissent sans lien avec la ménagère de moins de 50 ans, figure tutélaire du monde « mainstream » mais qui, dans la réalité d’un monde connecté, interdépendant et réactif, se nourrissent l’une de l’autre. Wild Customs fait sa cuisine d’un tout et de riens ; street-art, graph, hot roading, culture surf, tatoo… pour customiser ses guitares transformées en pièces uniques (de 1 600 à 4 000 € et plus, selon les demandes). Le marché est là. L’envie de se démarquer est très forte pour des musiciens qui, à défaut de se rebeller, cherchent à marquer leur différence avec une guitare customisée. Tout y passe : la forme, avec cette guitare triangulaire ou bien encore l’ornementation avec cette guitare de style rock cajun. Wild Customs ne dédaigne pas rendre hommage aux anciens. Bien au contraire. À noter, cette superbe guitare « the Illuminat-V » en hommage à la célèbre « Gibson Flying-V » ou encore la « Louis XIV » qui aurait plu à Marie-Antoinette (en hommage à la « Telecaster » de Fender, une autre guitare mythique).

Classiquement, la jeune société propose aussi des guitares standard (the « Vulture » pour jouer « lourd ») fabriquées à l’unité avec des prix qui vont de 600 à 1 800 € selon les options.

En parallèle, les trois amis développent une activité autour du graphisme et de l’art work qui prolongent l’univers des guitares customisées. L’esprit maison, empreint de références plus ou moins cryptées, est véhiculé dans un esprit Bd par les t-shirts, les pochettes de disques, les logos pour les groupes. Des fans vont jusqu’à se tatouer certains de leurs visuels. Leur force : créer une iconographie identitaire qui fait le buzz sur la toile au-delà du produit en lui-même. Le monde de la guitare avait 25 ans de retard. C’est en train de s’arranger…

WCG-69

Vidéos virales, clip planétaire

Très actif sur la scène « indé », Wild Customs équipe des groupes à son image comme les américains de « Converge », des puristes qui ont survécu à tous les courants musicaux. « Converge », le groupe punk hardcore, originaire de Boston, la capitale du WASP (cela ne s’invente pas !) éructe une musique à base de guitares basses saturée et entrecoupée de cris primaux.

Si vous fréquentez les festivals de musique extrême (heavy metal, trash), vous croiserez des gens qui ne ressemblent que très vaguement à votre voisin de palier. Néanmoins, ne vous leurrez pas. N’allez pas croire que le débraillé de tel ou tel groupe est spontané. À l’époque des vidéos virales et des clips planétaires tout est travaillé. Et dans cette volonté affirmée de marquer les esprits, la guitare joue un rôle central tout autant que l’attitude sur scène ou un bon clip. Avec ses guitares customisées et ses pièces uniques, Wild Customs est au centre du dispositif. Chez Wild Customs on aime bien les gars qui ne bougent pas d’un iota comme le groupe « Converge » (voir ci-dessus) ou encore des papy du heavy metal comme Lemmy Kilmister (65 piges au moins), le « berger » du rock and roll qui ne pourra plus jamais s’inscrire aux alcooliques anonymes…

La communication ne s’arrête pas là. il faut être présent sur les festivals qui comptent comme le Hellfest summer open air, une sorte de fête de l’huma pour musique extrême qui se tient tous les ans à Nantes. 15 000 spectateurs en 2000 (quand il s’appelait encore le Fury fest festival) et 120 000 l’année dernière.

LOGO-2

À part ça internet as usual… en fait, 99 % de la communication passent par internet, que ce soit à travers le site internet de la maison (www.wildcustomguitars.com) ou des outils de promotion comme Facebook, instagram, You tube… Pas le temps de s’arrêter. ici on est dans le diktat de l’instantané.

Wild customs réalise 90 % de ses ventes grâce au web. Les 10 % restant résultent des ventes en boutiques. Pas 100 boutiques, pas 50, même pas 10, mais trois : une en suisse, une à Paris et une à new-York. Cette dernière a été ouverte par un fou de guitares qui vient de créer un magazine très haut de gamme sur la lutherie : Guitar Connoisseur. Dans l’un des derniers numéros, 12 pages sont consacrées aux guitares customisées de Wild Customs…

À part ça, la clientèle est masculine à 94 %. Des passionnés en grande majorité âgés de 18 à 44 ans. La clientèle française se partage entre une clientèle nationale qui souhaite faire customiser sa guitare ou s’en faire faire une sur mesure et une clientèle plus locale qui pourra acheter une guitare, faire un stage (pour apprendre à en fabriquer une) ou bien, tout simplement, profiter des services du « garage » à guitares (réparation, maintenance, peinture ; bref, comme chez votre garagiste).

Wild Customs s’exporte aussi à l’étranger. Aux États-Unis, au Royaume Uni, en Pologne, Italie et Espagne par ordre décroissant.

C’est parce que les marques traditionnelles ronronnaient (peu d’innovation, design inexistant…) que nos amis ont eu l’idée de créer une rupture sous la forme de guitares customisées. Le fait qu’ils soient sur un marché de niche, leur permet d’exister beaucoup plus rapidement, en termes d’image, que s’ils s’étaient installés sur le marché encombré des guitares électriques classiques.

On en compterait une trentaine pour les plus importantes, dont Gibson et son modèle SG utilisé par le guitariste du groupe AC/DC ou encore la Stratocaster, de marque Fender, soumise, en son temps, à toutes les postures de Jimmy Hendrix. Sans oublier les guitares Lag, fabriquées en France et l’ancêtre : la Rickenbacker, la première guitare électrique, créée en 1931 (une marque qui existe aujourd’hui encore).

Diamant, crânes, …

Si vous regardez attentivement la tête de pirate de Wild Customs (difficile de passer à côté), vous retrouverez le mort souriant de la fête de la mort au Mexique (dia de muertos). Les aztèques gardaient le crâne des vaincus, symbole de mort mais aussi de renaissance. Cette symbolique inspire le monde du tatouage qui revisite l’imagerie populaire. L’as de pique (la carte la plus forte dans de nombreux jeux de cartes), un symbole rock and roll, voire carrément punk, inspire les groupes de musique comme Motörhead avec son album Ace of Spades (as de pique).

Renaud, le graphiste de Wild Customs, brouille les cartes à souhait en imposant ses références qui intriguent : le 3e œil dans une pyramide et son coté franc maçonnique, le diamant qui rappelle la lutte des esclaves pour la liberté. Pour Renaud : « La modernité c’est aussi de jouer avec l’histoire, les cultures souterraines (subcultures). Le rock and roll vient du blues qui a inspiré des gars comme les Beatles et les Kinks ». Wild Customs participe, avec son univers visuel très personnel, au mouvement de syncrétisme général, une tendance à la récupération, au détournement, au clin d’œil propulsé à vitesse supersonique par internet… qui constitue le moteur de croissance n°1 de Wild customs. La boucle est bouclée. Yeaaaaah !

Revenir aux articles