Le miroir calme du lac d’allier est le terrain de jeu favori du CAV (club de l’aviron de Vichy), structure sportive emblématique qui hisse les couleurs de la cité thermale depuis 124 ans maintenant. coup de rame arrière.

En 1866, le lac n’existait pas encore. Mais, la capricieuse rivière Allier se faisait malgré tout accueillante pour le canotage grâce à un modeste barrage. Vichyssois et curistes trou- vaient bateaux ou barques, pour voguer, auprès des loueurs installés dans des guinguettes. En 1889, la Ville organise la première régate internationale avec des sociétés nautiques de Paris, Genève, etc. Les embarcations débarquent par le train « démontées et soigneusement emballées dans des caisses en bois et calées par de la paille, puis transportées jusqu’à l’Allier par des charretiers. »

Ce sport inconnu, à Vichy, inspire des Vichys- sois et résidents estivaliers. Ainsi, naît, en 1892 l’un des plus anciens clubs sportifs de la cité thermale, l’Aviron vichyssois présidé alors par un avocat et journaliste : Raoul Henry. Les deux premières yoles Gigg, achetées d’occasion, à deux et quatre places, trouvent à s’abriter dans l’ancien bâtiment d’embouteillage, mis à disposition par la Compagnie fermière.

Étonnamment, c’est un musicien, « M. Deléglise, trombone solo au Grand Casino, qui transmet les premiers rudiments de ce sport qu’il avait découvert dans d’autres villes. » Cet été là, des équipiers débutants, à bord du « Mal monté » se classent troi- sième lors de la Régate internationale. Les années passent, les présidents du CAV se succèdent, un joaillier, un pharmacien… Comme pour le golf, c’est l’élite de la société qui s’implique dans le club. Les régates, organisées avec le comité des fêtes, sont dotées d’un premier prix offert par le président de la République : un vase en porcelaine de Sèvres. Il trône encore au côté des nombreux trophées et médailles sur les étagères du CAV.

Chaque été, les régates attirent des équipes françaises et étrangères. La foule se presse sur les rives. Malgré des périodes de mise en sommeil, le club continue à ramer énergiquement et trouve enfin à louer des terres, en bordure d’Allier, à la Compagnie fermière. Ce qui lui permet, en 1905, de construire son hangar à bateaux, ses locaux d’accueil et une petite maison pour le concierge, à la Croix-Saint-Martin. Ce projet d’envergure se réalise grâce au prêt de l’un des dirigeants M. Dubessay. C’est ainsi que le CAV est le seul club privé de Vichy dont les adhérents sont, encore aujourd’hui, propriétaires. Sa montée en puissance se traduit par une cinquantaine d’équipes engagées. Sa fréquentation devient de plus en plus attractive d’autant que le site de la Croix-Saint-Martin se transforme en pôle sportif en raison de la présence du Club nautique de Vichy (CNV). Créé en 1901, il s’installe, en 1937, à quelques mètres du CAV et propose : natation, water-polo, plongeon de haut vol, rugby, foot et aviron. « Les deux clubs défendent leur renom- mée, leur culture propre » relève Pierre Filliot, actuel entraîneur au CAV.

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L’hiver, les rameurs qui ne peuvent s’entraîner se maintiennent en forme en pratiquant du rugby ou du foot au sein du CNV. un plongeoir, de 9 mètres de haut, permet à la population mais aussi aux pompiers et policiers d’apprendre à nager avec deux maîtres nageurs. Ceci jusqu’à la grande crue de 1943 qui a détruit les installations. Leur reconstruction n’est pas envisagée car, en 1944, la piscine de Bellerive est inaugurée sur la rive gauche.

Malgré les demandes réitérées des élus, les deux clubs ne fusionneront qu’avec la création du lac, en 1963, sous l’égide du maire Pierre Coulon. Ce nouvel espace aquatique modifie l’esprit des compétitions. « Les équipes de rameurs n’ont plus à négocier des virages au terme des 700 mètres. Elles rament désormais sur de belles lignes droites, de 2.000 mètres, du pont de Bellerive jusqu’à la Tour des juges. » Le Palais du Lac, hangar à bateaux, est édifié pour accueillir l’équipe de France d’aviron qui, finalement, ne s’installera jamais à Vichy.

Les régates nationales ou internationales se multiplient. Le matériel évolue, exit le bois, place au carbone pour les coques et les rames. Aujourd’hui, les promeneurs du lac d’Allier admirent toujours la belle coordination des équipages, qui à deux, quatre ou huit, fendent la surface. La stabilité du bateau et sa vitesse dépendent de l’effort collectif. Chacun accomplit sa tâche : sur un 8, le premier rameur impulse la cadence ; le barreur veille au respect du tempo ; les deux premiers et les deux derniers rameurs assurent la stabilité et ceux du milieu en sont les moteurs, d’où leur surnom de « bourrins »…

Des trophées plein la cale

En plus d’un siècle, les rameurs vichyssois se sont forcément illustrés à plusieurs reprises. Trophées, médailles, podiums, la discipline est une superbe ambassadrice de la ville de Vichy. quelques titres et autres exploits parmi les plus significatifs : champion de France, René Grenier (en 1939 avec Jean Coutière), dont les fils, René et Gervais, deviendront beaucoup plus tard champions du monde vétérans à quatre reprises. Ou la performance du reconnu Guy Ligier sacré meilleur junior de l’Hexagone en 1947. Mais, aussi, le boulimique Alain Grangeon avec ses titres au cours des années 70, ou l’exploit de Jean-Jacques Gauthier, un des héros de la traversée de l’Atlantique à la rame. Plus récemment, en 1994, la participation au championnat du monde à Indianapolis du duo Gauthier-Michalski. On célèbre aussi en 2007, la médaille d’argent de Benjamin Chabanet, vice-champion du monde en moins de 23 ans, et, en 2015, la participation de Nicolas Gilbert et Louis Droissard, en équipe de France, en coupe d’Europe et au cham- pionnat du monde.

Actuellement, le CAV c’est 248 licenciés et près de 500 scolaires qui sont initiés à la discipline grâce à une flotte d’une centaine de bateaux. ça souque ferme !

Un héros lors de la crue de 1943

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Lors de la grande inondation de 1943, Jean Coutière, champion de France en 1939, a une attitude héroïque : il sauve 57 personnes ou apporte des ravitaillements aux habitants prisonniers des eaux sur la rive gauche. Affrontant une rivière déchaînée, il embarque même un médecin appelé pour un accouchement difficile.

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