Le sporting club de vichy, l’un des plus vieux clubs de golf de France, a su traverser les époques sans perdre son âme, de sa conception en 1908, jusqu’à la démocratisation d’un sport autrefois réservé à une élite. Probablement, l’un des plus beaux golfs de ville.

A l’initiative de Joseph Aletti, Directeur de la Société des grands hôtels de Vichy, pour distraire la clientèle des nombreux hôtels vichyssois, les premiers travaux du golf ont débuté en 1907. Neuf trous sont tout d’abord tracés sur l’emplacement actuel de l’hippodrome. Le parcours est dessiné par Arnaud Massy, inconnu du commun des mortels, et pourtant seul Français à avoir remporté à ce jour l’open d’Angleterre.

La Compagnie fermière, maître d’oeuvre du projet, désigne l’architecte Gustave Simon qui réalise le pavillon primitif. De Vichy, on accède au golf par un bus dont on peut encore voir au club house l’une des deux plaques en laiton qui ornaient les phares ou encore par un « canot automobile à pétrole ».

Le succès aidant, le golf passe à 18 trous en 1913. Après la grande guerre, en 1922, le club se transforme en club omnisports : golf, tennis, tir aux pigeons (à l’emplacement de l’ancienne piscine de Bellerive) et sports athlétiques. Le club devient le locataire de la Compagnie fermière. Le pavillon de 1908 est agrandi et s’agrémente d’un bar et de nouveaux vestiaires. En 1931 le club compte 86 sociétaires et le tarif d’un cadet (caddie) est de 8 francs pour 18 trous. Dans les années 30, la cotisation annuelle s’élève à 800 francs, une somme conséquente dans une France en pleine dépression économique. Les grands de ce monde fréquentent Vichy et jouent au « Sporting ». L’image de ce sport est alors élitiste, voire guindée. Ce n’est qu’à la fin des années 70, début 80, que le golf se démocratisera timidement en attirant de jeunes joueurs.

Les grands de ce monde fréquentent Vichy et jouent au « Sporting ». Michel Jazy, Yvonne Printemps, Henri Cotton, François Mitterrand, le prince Rainier, l’Aga Khan, et plus tard Yannick Noah, Yvan Lendl, Henri Leconte qui viennent disputer la coupe de Galéa…

La plus belle terrasse de vichy…

L’autre manière de découvrir le golf du sporting club, c’est de s’installer à la terrasse du restaurant. Située au premier étage du Club House elle offre une vue panoramique sur le parcours et les bords de l’Allier. Dès que le temps le permet, le restaurant prend ses quartiers d’été sur la terrasse en rez-de-chaussée à l’ombre des catalpas, un pur moment de bonheur…

06Golf-Vichy-©Pascale-Beroujon

Nature

De 1930 à 1970, le « Sporting » occupe jusqu’à 22 jardiniers affairés à entretenir non seulement le terrain, mais aussi des centaines de roses disséminées aux abords du pavillon et des annexes. Un luxe inouï, vu de nos jours.

Jusqu’en 1953, des moutons faisaient office de tondeuse. Les joueurs ont eu leur peau. Pas facile de jouer au milieu d’un troupeau d’ovidés à moins de les considérer comme faisant partie du jeu.

Des personnalités fréquentent alors le club : Michel Jazy, Yvonne Printemps, Henri Cotton, … Plus proche de nous : François Mitterrand, le prince Rainier, l’Aga Khan, et plus tard Yannick Noah, Yvan Lendl, Henri Leconte qui viennent disputer la coupe de Galéa 1.

En 1982, un Président est nommé par la Compagnie fermière et c’est le début d’une rénovation rendue nécessaire par l’âge des équipements, une organisation inadaptée mais aussi parce que le golf attire de plus en plus d’adhérents.

En 2004 le golf est racheté à la Compagnie fermière par ses sociétaires qui n’hésitent pas à mettre la main à la pâte lors de la tempête de 1999 qui couche de nombreux arbres. Il aura 100 ans quelques années plus tard en 2008. Le Sporting club de Vichy fait aujourd’hui partie des cinq plus vieux clubs de golf français. Une vieille dame qui pétille encore….

02Golf-Vichy-©Pascale-Beroujon

Une approche toute en finesse

D’apparence facile, le golf du sporting club de Vichy réserve quelques mauvaises surprises à ceux qui ne drivent pas droit. Etroits et bordés par des rangées d’arbres, bon nombre de trous ne pardonnent pas la moindre erreur de trajectoire. Ce parcours compact (35 hectares), l’un des rares à être situé en ville (20 minutes à pied du centre-ville et 5 minutes en bateau l’été), favorise les amateurs d’approches en finesse et parfois aussi les grands frappeurs. Presque tous les greens sont surélevés et protégés par des bunkers vicieux. Certains relatent l’exploit de ce joueur qui, dans un jour d’inspiration divine, réalisa une série qu’il n’est pas près d’oublier : un birdie sur les trous N° 7 et 8 (un en dessous du par 2) et pour finir un albatros sur le trou N° 9 (trois sous le par).

Si ce vocabulaire ornithologique n’évoque rien pour vous, sachez que ces termes techniques correspondent au graal de tout golfeur qui se respecte. Avec bien entendu le trou en un coup. Tellement improbable que parfois on cherche sa balle partout alors qu’elle est gentiment au fond du trou…

A cette occasion, l’usage veut que vous offriez un verre à toutes les personnes présentes au club-house. Champagne évidemment car vous pourriez attendre vingt ans avant de réitérer cet exploit.

Certains relatent l’exploit de ce joueur qui, dans un jour d’inspiration divine, réalisa une série qu’il n’est pas près d’oublier : un birdie sur les trous N°7 et 8 (un en dessous du par) et pour finir un albatros sur le trou N°9 (trois sous le par).

Mais abandonnons l’exception et revenons aux plaisirs plus quotidiens comme avec le trou N° 7, à la fois craint et adoré des 460 membres actifs du club. Iconoclaste, ce trou très court (100 mètres) concentre toutes les difficultés : un rideau d’arbres à franchir masque une pièce d’eau en défense d’un petit green protégé sur ses arrières par un bunker. La montée en cloche est fortement recommandée. Fer 9 ou sand wedge 3 c’est selon les goûts.

Vous pouvez aussi prendre un plaisir plus badin en jouant sur ce parcours ancien qui n’a que peu évolué depuis sa création en 1908. Vous aurez le sentiment de vous promener dans un très beau parc peuplé d’arbres centenaires. On dénombre pas moins de 300 espèces d’arbres : cèdres du Liban, cèdres bleus, acacias, … A une perspective succède une autre. Si tant est que votre balle respecte les trajectoires idéales, la satisfaction sera totale.

Vous l’aurez compris, le golf est un calvaire et une joie tout à la fois. Mais ne vous moquez pas des golfeurs : c’est le seul sport qui rend les gens heureux alors même qu’ils sont « au fond du trou » !

(1) La coupe Galéa était l’équivalent de la coupe Davis pour les moins de 20 ans.
(2) Le par est le nombre de coups maximum attribué à chaque trou.
(3) Fer 9 et sand wedge. Plus le fer à un nombre élevé plus il est ouvert. Le 9 sert pour les approches du green. Un sand wedge est un fer utilisé pour sortir des bunkers. Coup très haut, très court.

04Golf-Vichy-©Pascale-Beroujon

Zoom : Les copains d’abord

Ou comment quatre copains se défient au golf depuis des années dans une partie sans fin. Bien plus qu’une petite balle au fond d’un trou, cette histoire n’est pas banale. Elle serait même digne des plus grands duels sportifs, si elle n’était pas le fait de quatre vichyssois comme vous et moi.

Président du Club de 1982 à 1988, Jean-Louis lance un jour un défi qui le dépassera bientôt. Depuis plusieurs années, une partie de golf l’oppose lui et son coéquipier à deux autres copains. Et voilà comment « Nanard » « Loulou » « Yoyo » et « Marco » perpétuent une tradition qui ne tardera pas à faire des émules. Aujourd’hui d’autres parties se sont créées sur le même principe.

Chaque mercredi, les quatre compères se retrouvent au Club pour un déjeuner avant d’entamer leur duel immémorial à coup de « drives » 1 irréels tendus vers le drapeau, « d’escalopes » 2 honteuses, de « petits jeux » 3 poisseux ou illuminés, de tentatives de manipulations éhontées et de vannes à faire rougir de honte Nadine de Rothschild.

Cette parenthèse provisoirement refermée jusqu’à la prochaine fois, chacun retrouve sa vie non sans que l’équipe perdante ait réglé la note du déjeuner. Qu’il pleuve, qu’il vente, sous la grêle, le brouillard, ils entretiennent leur amitié à coup de bons mots, rejouant dans leur tête, le soir venu, leurs meilleurs coups. Capables de persiflages sur le terrain, ils affichent dans la vraie vie, celle d’après le golf, la courtoisie qui sied à leurs statuts respectables.

Souvent, le trou N°18 fait office de couperet quand, à bout d’arguments techniques et de tentatives de déstabilisation, ils arrivent en vue du club house à égalité.

Pour Jean-Louis, le Sporting club de Vichy est : « une vieille dame pleine de charme qui ne se livre pas aussi facilement qu’elle en donne l’air ». Au détour de la conversation, il nous confie : « le golf est une leçon d’humilité permanente. C’est aussi le seul sport ou vous pouvez faire, sur un trou, aussi bien que le meilleur des champions. Essayez donc de tirer un pénalty à la Zidane ! »

Un peu plus tard, il avoue : « le Sporting, j’y ai passé 50 ans, c’est mon jardin ». 30 hectares ponctués d’arbres séculaires, d’espèces rares. Pas mal pour un « jardin »…

(1) Drive : coup joué avec le driver ou bois no 1, souvent en titane de nos jours, en général au départ d’un trou.
(2) Une escalope : terme non officiel désignant un divot, soit une touffe de gazon arrachée du sol après un coup joué avec un fer.
(3) Le petit jeu au golf c’est l’ensemble des coups joués à proximité ou sur le green.

Revenir aux articles