La quintessence du nouveau Vichy s’impose ici dans un canevas alambiqué de villas du siècle de l’acier, fruits de l’imagination d’architectes débridés, de buildings yé yé années 60 (le Palm Beach avec ses entrées aux noms évocateurs : Saint-Tropez, Floride…), d’anciens palaces à la silhouette imposante, sans oublier les parcs paysagers Napoléon et Kennedy (quel raccourci !), posés nonchalamment, comme une virgule végétale, le long de l’Allier.

003669Récemment une allée pour les piétons et les vélos a été aménagée au bord de la rivière, en lieu et place d’une balafre d’asphalte qui imposait son tracé rectiligne jusqu’au cœur de la ville. Il était temps. Cette promenade, bordée d’une barrière blanche (comme celles qui entourent les demeures Nouvelle-Angleterre d’East Hampton) a maintenant un sens puisque ce chaînon manquant permet de faire le tour du « lac » qui n’est autre que la rivière Allier.

Commençons notre circuit par la Rotonde, vaisseau spatial (si vous avez un âge respectable vous l’aurez vue dans la série télé Les Envahisseurs) et depuis peu gastronomique, véritable point de rencontres et de départ de la promenade. C’est là que finissent, le pantalon de jogging tire-bouchonné, les papy-joggers, contrastant avec ces jeunes filles sportives qui portent l’effort accompli sur leurs joues roses.
En allant vers le pont-barrage (pont de l’Europe) vous passerez au-dessus d’un affluent de l’Allier : le Sichon, un nom qui fleure bon le terroir. La modernité le guette. Il sera bientôt l’épine dorsale d’un éco-quartier.

La longue allée bordée d’arbres « hors sol » (pins sylvestres, liquidambar…) est agréable avec ses auvents bien utiles pour s’abriter du soleil (du moins je l’imagine). Je croise en ce dimanche matin frigorifant une collection de casquettes à pattes : avec ou sans rabat, titi parisien, sobres, à carreaux… sans compter quelques bonnets péruviens.

Côté quais

Des enfants s’initient à la trottinette sous l’œil vigilant des parents attendris, des vététistes chevronnés, reconnaissables à la trainée de boue qui orne leurs combinaisons logotypées, piquent une pointe. Tout ce petit monde marche, trottine, court, pédale et déambule en toute quiétude, comme au premier jour du monde (enfin presque).

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Au loin, la vue porte sur l’hippodrome avec ses immenses projecteurs ultra-puissants. Les soirs de courses, quand il brille de mille feux, ce n’est plus un anneau équestre, c’est un port industriel, une zone tampon entre terre et mer. Le voyage est évoqué. Ici la mer à la ville deviendra vite votre leitmotiv, si tant est que votre imagination travaille. Le pépiement des enfants sur une plage, un ballet d’Optimist, un skieur nautique, les villas de style balnéaire, la rue du Rivage et les mouettes sont là pour nous le rappeler.

La tour des Ailes vous ramènera sur Terre. Cet humble skyscraper marque les anciennes limites de la ville, avec à ses pieds la cité des Ailes, sûrement les HLM avec la plus belle vue de France ! J’emprunte le pont-barrage pour passer sur l’autre rive. Les drapeaux disposés là m’aident à réviser ma géographie. Pas vu le Zimbabwe.
Un amas de kayaks mauves, jaune pétard, vert stabylo, posés en contrebas du pont, forme ce matin une pâtisserie de résine, seule note de couleur (avec les bonnets péruviens) dans cette matinée plombée.

La rivière artificielle, qu’ils dévalent à la belle saison, traverse le Centre omnisports, un complexe construit à partir de la fin des années 60 et initié par Pierre Coulon, un maire visionnaire. C’est le central park des Vichyssois. C’est là que sont accueillis les gloires du sport régional (les rugbymen de l’ASM) mais aussi les nageurs de l’équipe de natation américaine, les basketteurs internationaux, les champions d’aviron et aussi Vincent Rabotin en séminaire… Trois cents lits, un amphithéâtre, un parc de 120 ha, des installations sportives et nautiques de tout premier plan : tout est fait pour eux. Si Vichy pétille toujours avec ses eaux de sources, la ville vit aujourd’hui, en partie, du sport et du tourisme.

Un peu plus loin, la promenade au bord de l’Allier continue. Un gros cube semble avoir été posé là. Plus personne n’y aurait touché depuis. C’est le « Palais du lac ». J’aime beaucoup ses avancées en lattis en forme de vague, soutenues par des arches de béton ajourées et anguleuses. C’est beau comme une fusée Soyouz.

Palais-du-Lac

Je décolle, malgré l’attraction que ce bâtiment provoque en moi, pour continuer ma promenade. Le golf de Vichy n’est plus très loin. Un bosquet de pins ébouriffés annonce les greens. C’est un link plutôt technique avec des fairways qui se resserrent. Le club-house, signé Gustave Simon, l’architecte de la Compagnie fermière, est un pur exemple du style normand : toits pointus, balustrades de bois en forme de losange, grand escalier pour marquer l’entrée et une vaste terrasse qui jouxte le putting green et la rivière.

Plus loin un club de tennis offre à la vue ses terrains de terres battues qui n’attendent que les beaux jours pour flirter avec les petites balles jaunes.

La plus belle perspective

Un escalier de guingois et raide me ramène sur le pont de Bellerive. La balade est presque finie. Je m’arrête un instant pour profiter de la plus belle perspective de Vichy.

En regardant vers le nord et le pont-barrage, l’horizon s’agrandit. La rivière se courbe pour prendre la forme d’un léger coude, rappelant au passage son passé sauvage. Un ancien palace des années 1900 (l’ancien Rhul), tout blanc et chapeauté par son toit d’ardoises noires, semble s’avancer au-dessus de la canopée du parc Napoléon. Plus au sud, l’église Saint-Blaise avec sa demi-coupole (œuvre d’un architecte impécunieux ?) déconcerte le fidèle, habitué aux églises romanes.

L’été, au même endroit, vous serez sûrement attiré par l’ombre des arbres centenaires du parc Napoléon. Une rivière artificielle, la Serpentine, y « serpentait » donc autrefois. Elle a été comblée depuis. Les demi-mondaines s’y aéraient jouant de tous leurs appâts pour motiver ces messieurs de la haute, soucieux de s’accorder leurs bonnes grâces par quelques flatteries et des tombereaux d’or, pour les plus pressés.

Pour l’anecdote, les Moulinois seront fiers d’apprendre que c’est l’un des leurs, l’horticulteur J. Marie, à qui l’on doit la conception paysagère du parc Napoléon. La caractéristique des parcs dit « paysagers » ou « à l’anglaise » repose sur une succession de perspectives que l’on découvre au fur et à mesure que l’on progresse. Le jardin anglais, peuplé de fabriques (faux temple d’Apollon, fausses ruines, glacières en forme de pyramide, tente tartare du désert de Retz dévoilée par Colette), se voulait l’exact reflet d’une nature sublimée et romantique, une nature domptée par l’homme.

Le bout du parc n’est plus très loin. Un peu après les célèbres chalets Napoléon III, édifiés pour accueillir l’empereur lors de ses cures à Vichy, je passe devant la villa « Les Libellules ». Sur un mur aveugle une veille inscription est encore lisible : « Les Libellules : confort moderne pour la famille ». C’est l’un des triptyques vichyssois : famille, black jack et pastilles !

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