En 2009, une espèce qui était jusqu’alors confidentielle a fleuri sur le béton désactivé de la nouvelle esplanade du lac d’Allier. Depuis, comme les hirondelles, ce peuple migratoire revient plus nombreux chaque année ; il sort avec les feuilles et se tarit aux premiers frimas. Mais à y regarder de plus près, il existe une variété endémique, résistante au climat qui ne migre pas ni n’hiberne. Une espèce qui, à l’heure où nous mettons sous presse, court toujours. Portraits de 3 personnes pressées.

Muriel, Émilie et Stéphane ont au moins un point commun : plusieurs fois par semaines ils plaquent tout, laissent derrière eux familles, travail, emprunts et partent en courant. Par bonheur pour leur conjoint et leur banquier, ils finissent toujours par revenir à la raison (en courant aussi d’ailleurs). Que se passe-t-il dans leur tête ? Pourquoi sont-ils si biens dans leurs baskets ? À travers 3 itinéraires singuliers, Vichy Destinations a enquêté sur ce phénomène qui fait courir les vichyssois.

La pétillante : Muriel, 33 ans, formatrice en services bancaires

J’ai rencontré Muriel un soir après une journée de travail. Je pense qu’à midi elle avait dû manger du lapin Duracell, tant elle paraissait débordante d’énergie ! Muriel est à donf. Elle est aussi fraîche le soir à 19h que vous et moi au sortir de la douche matinale.

Muriel

VDN : Après quoi vous courez ?
Muriel : En tous cas pas la performance, je cours parce que ça me fait du bien, le soir après une journée de boulot. J’ai commencé à courir en juillet 2013, même si j’ai toujours évoluée dans un environnement sportif. Cette année-là, j’ai troqué la nicotine contre l’endorphine.

VDN : Qu’est-ce que vous voyez quand vous courez ?
Muriel : Tout en étant dans ma bulle, je suis assez réceptive à mon environnement. Par exemple, je suis sensible aux reflets du soleil couchant sur le lac. Les gens, je les regarde sans les voir, j’entends des bribes de conversation et je les observe avec une certaine curiosité mêlée de détachement.

VDN : A quoi vous pensez quand vous courez ?
Muriel : A rien de particulier. En tout cas, pas à la performance ni au défoulement. Je suis à l’écoute de mes sensations, de mon corps, donc je n’écoute pas de musique. C’est un moment qui m’appartient. Je prends beaucoup de plaisir dans la liberté que procure la course. J’aime courir à Vichy, dans les parcs, au bord de l’eau.

VDN : Qu’est-ce qui pourrait vous empêcher de courir ?
Muriel : Même si l’hiver c’est moins agréable, je cours tout de même. En revanche la pluie battante m’arrête. Il peut m’arriver de faire l’impasse certains jours, mais au final, je ne suis jamais loin des 30 km par semaine.

VDN : Palmarès ? Objectif ?
Muriel : J’ai participé aux 5 km de l’Ironman en 2014, à la course de la Montagne verte, à la corrida de Bellerive. Je ne me suis pas fixé d’objectif, mais un jour j’aimerais courir un marathon. Pourquoi pas celui de Rome !

La professionnelle : Emilie, 35 ans, gérante de magasin

Montre-moi tes chaussures et je te dirai qui tu es… Emilie lit dans la semelle de vos baskets. Elle connaît les appuis où ça fait mal, sans vous raser, elle sait si vous êtes plutôt gel ou mousse ! Votre drop*, vous l’aimez comment ? (*différence de hauteur entre le talon et la pointe du pied)
Dans le magasin d’articles de sport où elle œuvre, on la sent comme un poisson dans l’eau. A la fois dans son élément mais un peu en mal d’espace. Donc, entre midi et deux, elle dévore les kilomètres en escadrille avec un appétit insatiable.

Emilie

VDN : Après quoi vous courez ?
Émilie : après avoir longtemps couru après les performances (Émilie a été championne d’Auvergne de cross, 10 fois finaliste des championnats de France), aujourd’hui je ne cours plus que pour le plaisir ! Ce sentiment de légèreté qu’on éprouve après l’effort. On se sent comme lavé.

VDN : Qu’est-ce que vous voyez quand vous courez ?
Émilie : Je suis focalisée sur mon effort, j’essaie de pousser la machine un peu plus loin. Même si mon itinéraire habituel est à Vichy, le week-end, j’aime courir sur les hauteurs comme au Vernet pour profiter du paysage ou en forêt de Serbannes dans un environnement préservé.

VDN : A quoi vous pensez quand vous courez ?
Émilie : À tout, à rien. Ça dépend de ce que je suis venue chercher dans la course. Si c’est un entraînement précédent une course, je serai concentrée sur ma performance. Si je pars en mode détente, je peux tout aussi bien emporter de la musique et être plus relax.

VDN : Qu’est-ce qui pourrait vous empêcher de courir ?
Émilie : rien ne m’arrête, simplement je m’adapte à la saison. Je cours plutôt en milieu de journée en hiver et au contraire en été j’attends les heures les moins chaudes du jour pour courir.

VDN : Palmarès ? Objectif ?
Émilie : 3h11 au marathon de Paris. Je me prépare pour en courir un nouveau et peut-être m’aligner un jour sur l’Ironman.

Le cerveau : Stéphane, 45 ans, gérant d’un bar restaurant

Changement d’ambiance avec Stéphane qui court avec sa tête. D’ailleurs Stéphane ne plaisante pas du tout : il a une mission à accomplir, un objectif à atteindre et un plan pour y parvenir. Tout est (normalement) sous contrôle. D’ailleurs Stéphane n’est pas du genre à voler le départ, il part toujours après le coup de feu.

Stéphane

VDN : Après quoi vous courez ?
Stéphane : Après le service justement ! Non sérieusement, avant je courais après la perfection, puis j’ai pris du recul. Il y a eu une prise de conscience que dans ma vie, il manquait quelque chose. Courir c’est donc devenu une sorte de thérapie. Dans mon métier il y a beaucoup de stress, alors en dehors, j’ai besoin de beaucoup de relâchement pour atteindre un point d’équilibre. Mais je cours aussi contre la montre : le 3 avril 2016, je serai (NDLR : j’étais) au départ du marathon de Paris et comme j’ai commencé à courir il y a seulement deux ans, je n’ai pas de temps à perdre.

VDN : Qu’est-ce que vous voyez quand vous courez ?
Stéphane : Je suis très sensible à mon environnement quand je cours. Les trails me permettent d’ailleurs d’en découvrir de nouveaux. Même si je cours seul et que je ne suis pas licencié, je fais attention aux autres car la course c’est un peu une famille.

VDN : A quoi vous pensez quand vous courez ?
Stéphane : à rien, à tout. C’est un moment de réflexion, de recul en contraste absolu avec le coup de feu d’un restaurant quand les actions s’enchaînent en mode automatique. Je pense aussi à ce marathon que je vais courir. Je sais qu’après 30 kilomètres, je vais entrer dans l’inconnu, j’essaie de me préparer au mieux pour que mon corps traverse cette épreuve au mieux et que je puisse bien la vivre.

VDN : Qu’est-ce qui pourrait vous empêcher de courir ?
Stéphane : La blessure justement. D’où l’importance de suivre une préparation psychologique et physique rigoureuse. Je me suis d’ailleurs fait faire des semelles sur mesure pour corriger ma posture.

VDN : Palmarès ? Objectif ?
Stéphane : mon palmarès c’est d’avoir terminée toutes mes courses. Mon objectif : c’est d’être au départ et surtout à l’arrivée du prochain marathon de Paris.

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