La reine des villes d’eaux ne s’est pas conçue en un jour et ses sources ne sont pas nées de la dernière pluie. elles circulent allègrement depuis des siècles au cœur de notre vieille planète. si leurs vertus pour le traitement des affections articulaires et des troubles digestifs ont été bénéfiques à de nombreux curistes, leur flux bienfaisant a également influencé l’urbanisme, l’architecture et l’esthétisme de la cité thermale.

Parfois une bulle espiègle aime conter que la fée Vichéia fit « jaillir des sources chaudes et abondantes en un lieu encore désert auquel elle donna son nom ». Mais, sur le berceau des sources de Vichy, se sont penchés également des scientifiques. Deux écoles d’hydrologie s’opposent. Celle du botaniste Henri Lecoq tient compte « de leur volume constant, de leur chaleur et de leurs nombreux composés » pour affirmer que ces eaux minérales proviennent « des profondeurs du globe ». Auguste Daubré penche, lui, pour une origine superficielle. Si les théories ont pétillé, malgré des zones d’ombre, nos contemporains, évoquent un long voyage de 10 000 ans. Les sources de Vichy prendraient leur origine à l’est de la chaîne des puys où elles se chargent en gaz carbonique. Après une descente vertigineuse entre 3 000 et 4 000 mètres en profondeur où elles se réchauffent au contact du magma, elles atteignent 135-145°. Puis, elles sinuent sur une cinquantaine de kilomètres sous la protection « des sédiments argilo-marneux » de la Limagne. Durant leur voyage au long cours, les sources s’enrichissent de sels minéraux et d’oligo-éléments.

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La ruée vers l’eau

Tout comme certaines contrées lointaines attiraient les chercheurs d’or, le bassin de Vichy aimantait, lui, les chercheurs de sources chaudes ou froides. L’un des premiers captages, celui de la source de l’Hôpital, à Vichy, remonte à la période gallo-romaine, gravant ainsi la première notoriété thermale de la cité. Les sources jaillissantes sont peu nombreuses d’où la nécessité de forer. La ruée s’intensifie, fin xixe et début du XXe, avec des chercheurs qui n’hésitent pas à traquer les émergences et à travailler en profondeur à Abrest, Bellerive, Cusset, Hauterive, Saint-yorre, Vichy… On est en pleine dynamique économique et les initiatives privées se multiplient dans le sillage de l’État. Qui sont ces chercheurs et exploitants ? Le plus souvent des profession- nels de santé du bassin de Vichy. Ces hommes entreprenants veulent faire fructifier cette richesse sourcière qui se développe dans deux domaines : thermalisme et embouteillage. On peut citer Nicolas Larbaud, pharmacien, père de l’écrivain Valery Larbaud, qui, après la fabrication de pastilles de Vichy en 1851, se lance dans l’exploitation des premières sources de Saint-yorre en 1853. un autre pharmacien, Antoine Mallat, qui s’est investi dans de nombreuses entreprises dont celle de la Société générale d’eaux minérales naturelles du bassin de Vichy, regroupant des sourciers et des exploitants. Cet administrateur mit beaucoup d’énergie et de savoir-faire à combattre la Compagnie fermière de Vichy dont l’objectif est alors d’avoir le monopole.

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Au fil des séquences de forages, ces sondeurs heureux et malheureux ont contribué, à leur façon, à l’extension et à l’exploitation du patrimoine sourcier du bassin de Vichy. Le forage connaît son apogée en 1900, une époque ou « un fort foreur fore fort… ». A plusieurs reprises, la frénésie de « forages sauvages » inquiète l’État. Aussi, « une véritable législation sur la protection des sources minérales » voit le jour avec « déclaration d’intérêt public et mise en place d’un périmètre de protec-tion. » La première Guerre mondiale a calmé cette fièvre. Elle se réactive, un peu, dans les années 1920 à 1930. Finalement, la Compagnie fermière de l’établissement thermal de Vichy, créée en 1853, concessionnaire de l’État, gagne sa reconquête des sources jusqu’au total monopole. C’est toujours cette société, devenue Compagnie de Vichy en 2009 qui, de nos jours, exploite toujours le domaine thermal propriété de l’État.

Neuf Précieuses

Neuf sources sont encore exploitées dans le bassin de Vichy. Quatre d’entre elles sont consommées par les curistes dans les buvettes thermales : Chomel, Grande Grille, Hôpital et Lucas. Chacune détient ses propres vertus. Autrefois, les médecins de la station thermale recommandaient aux curistes deux à six verres d’eau par jour. Fin XIXe, certains prônaient des doses plus conséquentes de 25 à 30 verres.

Les deux sources bellerivoises, Antoine et Boussange, sont mélangées pour les soins thermaux : douches ou bains. Celles du Dôme et du Lys, à Abrest, servent à la préparation des boues thermales. La source Lucas est utilisée dans la composition des cosmétiques de la marque Vichy. Celle des Célestins est embouteillée. Et, comme rien ne se perd, les sels extraits des sources minérales de Vichy ou de son bassin servent à la fabrication des célèbres pastilles de Vichy. Passants et passantes ignorent souvent, que sous leurs pieds, circulent des eaux précieuses sur une dizaine de kilomètres. Par exemple, depuis les thermes de Dômes ou Callou, d’étroits boyaux voûtés souterrains, sillonnés de tuyaux, acheminent l’eau des sources Chomel, Grande Grille et Hôpital jusqu’au hall des Sources. Sous les thermes Callou, d’immenses cuves contiennent les mélanges des sources Boussange et Antoine.

Une mise en scène esthétique

L’exploitation des sources de la cité thermale allie développement et esthétique. Les initiatives privées ou celles de l’État, via la Compagnie fermière n’y dérogent pas. Il faut dire que ce flux d’eaux bienfaitrices attire de nombreuses personnalités ou élites de la société dès le Second Empire. Ce qui va favoriser ce parti pris esthétique et cette fièvre de la construction urbaine comme l’illustre encore aujourd’hui le patrimoine architectural de la ville. Ainsi, un itinéraire est conçu de source en source, comme une promenade. Car les curistes devaient absorber l’eau minérale et « mettre en mouvement leur corps. »

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L’un des principaux aménagements est le hall des Sources, inspiré du « trinkalle » des stations thermales allemandes ou austro-hongroises, notamment Marienbad. Ce « vaisseau de verre et de fonte » affecté à la boisson des quatre sources (Chomel, Grande Grille, Hôpital et Lucas) est conçu, pour être en harmonie avec le parc du même nom, par les architectes Simon et Lecoeur. Décrié par ses contemporains, car trop semblable à une halle de marché, il subira différentes modifications. A cela, se sont aussi greffées des règles hygiénistes. Ainsi, les grilles du ferronnier Émile Robert seront supprimées dans les années 30 et remplacées par des baies vitrées avec l’ajout d’une verrière centrale. L’eau est ainsi associée à la lumière. Les frises de chardons des auvents du hall subsistent.

A l’autre extrémité du parc des Sources, la source de l’Hôpital ou Rosalie se situe entre le vieux Vichy et l’établissement thermal. Sa rotonde vert pâle, dans l’axe du pont de Bellerive, est dûe à l’architecte Aublet, en 1946. Elle a succédé à un pavillon Art nouveau de Gustave Simon de 1907.

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Les curistes, sous le Second Empire, se déplaçaient jusqu’à la buvette excentrée des anciens Célestins, construite sous l’égide de la Compagnie fermière (actuel boulevard Kennedy). Elle fut détruite en 1908 ainsi que des bâtiments annexes qui abritaient salles de billard, salle de lecture, salon des dames et une orangerie dans l’ancien couvent des Célestins. Les architectes souhaitent intégrer la nouvelle buvette dans ce site champêtre des parcs d’Allier et Célestins. Le bâtiment actuel sera édifié en 1910. Les premiers projets sont semblables aux structures métalliques du hall des Sources. Mais l’architecte Lucien Woog choisit une construction en maçonnerie d’inspiration Louis XVI de forme ovale à claire-voie où la source, « jaillit dans une conque en pierre d’Euville », accolée au rocher. Le public peut se servir aux quatre robinets dorés.

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Neuf Vertus

Source Lucas

Elle porte le nom du baron Auguste Lucas qui l’a achetée pour l’État. La température de cette source dite tiède est de 27°, c’est la plus minéralisée des sources de Vichy. Consommée par les curistes, elle est aussi utilisée dans la fabrication des produits cosmétiques de la marque Vichy et lors des soins de l’Institut Vichy. Captée pure et intacte au cœur des formules de soin, la source Lucas renforce, régénère, et rééquilibre la peau face aux agressions.

Source de l’hopital

Autrefois appelée « Gros boulet » à cause de son impétuosité, cette source est utilisée en cas de troubles digestifs, gastriques et intestinaux. Sa température est de 84°C.

Source Chomel

Riche en fluor, une verrière dans le hall des Sources permet d’observer son jaillissement. Elle porte le nom du médecin intendant des eaux au début du XVIIIe siècle. Sa température est de 43°. Elle est prescrite aux curistes en cure de boissons.

Source Grande grille

Riche en fluor, elle est très active. Aussi, elle doit se consommer modérément. Sa température est de 39°.

Source des Célestins

Cette eau minérale, à température constante de 22°, se consomme dans le monde entier. Parmi ses bienfaits, on affirme qu’elle donne un teint Célestins !

Source du Dôme et du Lys

Elles émergent à Abrest. Leur température est de 66° et 60°. Elles sont utilisées pour la préparation des boues thermales.

Sources Boussange et Antoine

Captée à Bellerive-sur-Allier, la source Boussange est riche en gaz carbonique. Sa température s’élève à 41°. La source Antoine, dernière née des sources du bassin de Vichy, a été forée, en 1991, à Hauterive. Sa température est de 71°. Toutes deux alimentent les établissements thermaux pour les soins : massage, bains, douches, piscine thermale…

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