AU NORD DU PARC NAPOLÉON III, DEUX BASSINS AVEC LEURS JETS D’EAU, SONT DESSINÉS DANS LA MÊME VEINE QUE CEUX DES GRANDS PARCS PARISIENS (BUTTES CHAUMONT, PARC MONTSOURIS…). AUX BEAUX JOURS S’Y ÉBATTENT DES OISEAUX D’ORNEMENT : CYGNES, OIES ET CANARDS. UNE SERRE ET UN LOGEMENT POUR LE GARDIEN FINALISENT CET AMÉNAGEMENT PAYSAGER CARACTÉRISTIQUE, FIN XIXe DÉBUT XXe SIÈCLE, QUI BORDE LA RUE WALTER-STUCKI ET SES VILLAS COSSUES.

LE PARC EST MON LIEU DE PROMENADE PRÉFÉRÉ. LORSQUE MON PETIT FILS VENAIT EN VACANCES ON ALLAIT VOIR LES CANARDS ET LES CYGNES. C’EST POUR LE PLAISIR, CAR JE SAIS QU’ILS SONT BIEN NOURRIS CHAQUE JOUR PAR LES AGENTS DE LA VILLE. ANDJELKA GLASTRE, RÉSIDENTE DE LA RUE WALTER-STUCKI DEPUIS UNE TRENTAINE D’ANNÉES.

Vichy n’a pas échappé à l’in uence romantique anglaise en vogue lors- qu’un décret impérial signé par Eugène Rouher, vice-empereur, « ordonne » l’aménagement des parcs d’Allier en 1856. Le parc Napoléon III, qui est le plus ancien, a été aménagé en 1861 sur l’emplacement d’un bras secondaire asséché de la rivière grâce à la construction d’une digue. Les travaux dirigés par l’ingénieur Jean-François Radoult de la Fosse ont nécessité 250 000 m3 de remblais issus de l’Allier. La conception paysagère confiée à un horticulteur moulinois, Joseph Marie se compose de plantations autochtones (peupliers, frênes, marronniers, tilleuls…) et exotiques (catalpas, arbres de Judée…), de massifs oraux et d’immenses pelouses accessibles aux promeneurs.

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« Le parc a une valeur d’arboretum avec des arbres rares, remarque Dominique Scherrer, directeur des espaces verts à la ville de Vichy. Parmi plus de 800 arbres, on trouve une grande diversité d’espèces : cèdres, séquoias, chicots du Canada, érables, arbres caramel. Ils sont appelés ainsi, car à l’automne, leurs feuilles sentent le caramel. L’un d’entre-eux borde le grand bassin. » A la création du parc, l’allée centrale n’existait pas, c’était une rivière artificielle alimentée par deux pompes à vapeur qui prélevaient l’eau de l’Allier. « Elle fut supprimée en 1867, à la demande du maire de Vichy qui s’était plaint de ses inconvénients sur le plan de l’hygiène et des moustiques. Mais le bassin aux cygnes a subsisté. »

DEUX BASSINS À JETS D’EAU

Un espace à l’atmosphère romantique, dans la même veine que celle des grands parcs parisiens (Buttes Chaumont, parc Montsouris, etc.), se niche dans cette partie nord du parc avec ses bassins à jets d’eau et ses oiseaux d’ornement. Des cartes postales de 1902 illustrées de amants roses témoignent déjà de l’intérêt touristique du site. Entre 1934 et 1936, les pièces d’eau ont été agrandies et leurs abords élargis, agrémentés d’îlots, arborés et de rocailles. Un ponton a été crée entre les deux. Le petit bassin, aujourd’hui bordé d’une bambouseraie, se retrouve peuplé de poissons rouges et de carpes apportés par des quidams. En hiver, les bassins des parcs Napoléon III sont prisés par les canards sauvages qui se régalent de la pitance abondante fournie par les promeneurs.

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Les riverains de la rue Walter-Stucki sont les premiers à profiter de cette enclave arborée à deux pas de leur habitation. Andjelka Glastre, qui vit depuis une trentaine d’années dans une des villas, confie « le parc est mon lieu de promenade préféré. Lorsque mon petit-fils venait en vacances on allait voir les canards et les cygnes. C’est pour le plaisir, car je sais qu’ils sont bien nourris chaque jour par les agents de la ville. J’aime beaucoup les fleurs et j’ai participé, à de nombreuses reprises, au concours des maisons fleuries. Aussi je discute souvent avec le gardien ou les jardiniers.» Cette résidente d’une villa construite en 1911 par l’architecte Gustave Simon, avec un toit à la Mansart, une façade émaillée de briques jaunes et à la décoration Art nouveau qualifie sa rue « de superbe et tranquille. »

DEUX PEUPLIERS RÉSISTANTS ET UN PLATANE GÉANT

_DSC6157L’ombre bienfaisante des arbres autour des bassins cache souvent leur histoire. Les nombreux peupliers du parc ont subi, en 1935, une tempête dévastatrice. Deux peupliers, à proximité des bassins avaient résisté. L’un d’eux, était situé vers la serre. Il ne subsiste que son tronc recouvert d’une glycine. Car ce centenaire a dû être abattu en 1994, pour des raisons de sécurité. Et, le dernier, victime d’un orage s’est effondré dans le grand bassin en 2007. Après 1935, on implante donc de nouvelles essences, notamment en bordure de l’allée centrale : arbre aux quarante écus, érables verts, virgiliers d’Amérique du nord, etc. Et, les promeneurs peuvent chercher, non loin des bassins, le plus gros des platanes de Vichy (il se trouve vers les chalets). Il domine le parc de ses 42 m de hauteur et son diamètre est de 1,79 m. La largeur de son houppier dépasse les 30 mètres.

« UN LABORATOIRE » HORTICOLE

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Un espace paysager, le long de la rue Stucki a été consacré à l’horticulture. C’est dans cette extrémité nord du parc que fut bâtie, en 1864, la serre Napoléon III. « Elle était destinée à la conservation des plantes. Grâce à un calorifère, on pouvait obtenir une température de 15 à 16°, détaille Dominique Scherrer. Elle était entourée d’une production de plantes estivales pour les massifs. Vers 1876, une seconde serre, dite serre hollandaise, est construite. Mais, son agrandissement et sa surélévation, en 1888, la rendent trop fragile. Elle fut détruite en 1929. » Une orangeraie était adossée à la serre mais elle fut supprimée en 1930.

LES PROMENEURS PEUVENT CHERCHER, NON LOIN DES BASSINS, LE PLUS GROS DES PLATANES DE VICHY.

UN LOGEMENT POUR LE GARDIEN DU PARC

En 1900, un logement est attribué au gardien du parc et sa famille de l’autre côté de l’allée, face à la serre. Ses abords étaient des terrains de démonstration des plantes à massif (pensées, myosotis, géraniums, bégonias, etc.). « La maison a été agrémentée d’un mini jardin à la française, orné de buis et d’ifs, dû, en 1935, à M. Duvernay, jardinier-chef du service parcs et pépinières de la Compagnie fermière. Il a créé une roseraie et aménagé une rocaille vers la serre Napoléon III constituée d’une remarquable collection de cactées. » Le logement a toujours la même fonction et son rez-de-chaussée sert de local technique à l’équipe d’entretien des parcs Napoléon III, Kennedy et des Bourins.

LES VÉLOCIPÈDES INTERDITS

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Des écrits de 1869 relatent l’inquiétude du maire de Vichy face aux « évolutions des nombreux vélocipèdes qui sillonnent incessamment toutes les allées du parc ». L’édile les fait interdire. Les deux roues doivent alors se cantonner à la route qui longe la digue, devenue aujourd’hui une des allées du parc Napoléon III. Au XXIe siècle, vélos, rollers, trottinettes, hoverboards, gyropodes… cohabitent avec les multiples prome­neurs qui arpentent le parc Napoléon III.

LA RUE WALTER-STUCKI

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A la création du parc Napoléon III, l’actuelle rue Stucki fut nommée Route thermale n°7 puis, en août 1883, avenue des Cygnes en référence aux bassins et à ses oiseaux d’ornement. En octobre 1944, elle change de nom, car Vichy rend hommage à Walter Stucki, à qui la ville doit d’avoir été sauvée de la destruction par les Allemands. L’ambassadeur Suisse a résidé, villa Ica, de juillet 1940 à août 1944.
Bordé par le parc Napoléon III, la rue Stucki aligne une série d’une dizaine de villas construites fin XIXe, début du XXe, notamment par les architectes Percilly, Driffort ou Simon. Elles égrènent leurs styles architecturaux différent et leurs noms : « Les Saules », « François 1er », « Transvaal », « Les Origans » (1895), « Théo-Kate » (1893), « Les Turquoises ». Cette dernière construite en 1896, a hébergé le consulat du Venezuela et du Nicaragua en 1914. Les deux hôtels, Magenta et Pyrénées sont désormais transformés en appartements. Et, la première villa à l’angle du quai d’Allier et de la rue Stucki, construite, en 1934, par l’architecte Pierre Lefort, fut la résidence de l’amiral Darlan.


MON BOUT DU MONDE

C’est le point le plus septentrional où se rencontrent le parc, la ville et sa rivière, où Vichy les bains devient Vichy les flots.

C’est le royaume des cygnes et des canards où deux black swans dansent pour les mioches sur un lac de poche, récoltant une pluie de quignons rassis en guise de bis.

C’est le repaire des hommes en vert qui sculptent méthodiquement cette longue émeraude toute l’an- née, jusqu’à ce qu’elle devienne topaze avant qu’elle ne cède aux assauts de l’hiver et sombre dans le blanc repos végétatif.

C’est le relief du palais de cristal, qui abrite de mystérieuses tranches de vie, véritable musée de la mycologie, autopsie des grands arbres morts de longue maladie.

C’est une improbable bambouseraie peuplée de lapins incarnant des karmas de pandas quand ils ne pratiquent pas le kama-sutra.

C’est une souche de peuplier dont les 7 mètres de circonférence trahissent un âge avancé pour fricoter avec une jeune et belle plante (il sert de marche-pied à une glycine épisodique).

C’est l’arrière-cour des Célestins, seulement séparée par une allée de la basse-cour des Saturnins.

C’est le lointain souvenir de la rivière Serpentine qui murmurait sous nos pieds, victime d’une crise sanitaire, de quelque ancêtre du chikungunya ?

C’est la source Saint-Antoine figée par Medusa dont la vasque perpétue le spectre minéral ; décidément Vichy qu’as-tu fait de tes eaux !

C’est une cataracte de pacotille sur laquelle des lutins rêveurs, jetant quelques fétus, imaginent qu’ils s’échappent des cavernes elfiques, en tonneaux sous la montagne.

C’est le lieu que, phobiques des culs-de-sac, pressés de faire demi-tour, ceux qui ne vont pas au bout des choses, mais préfèrent croiser dans la terre du milieu, ne verront jamais.

C’est mon bout du monde.